[Musique] Les génies de l’électro Partie 2 : deadmau5

Comme je l’évoquais dans la première partie de cet article, deux artistes majeurs cadrent mes goûts musicaux depuis des années : Eric Prydz et deadmau5. Toutefois, à ma grande surprise, j’ai réalisé à la fin du premier article que j’ai une préférence entre les deux. Eric Prydz c’est le club, le show, l’envol. Mais deadmau5 c’est tout ça avec plus de fun, d’auto-dérision et de diversité. Vous le connaissez sûrement pour son casque, pour ses tatouages, pour son studio. Et si ce n’est pas le cas, laissez-moi l’honneur de vous présenter le “goat lord”, “dead mow cinco”, “Testpilot” ou, tout simplement, deadmau5. Pour varier les plaisirs, je vais parler du personnage avant de vous présenter l’artiste et ses innombrables projets.

 

Deadmau5 et ses autres noms de scène

Joel Thomas Zimmerman, aka deadmau5, a 41 ans et (sé)vit au Canada, alternant entre l’extraverti des festivals et l'introverti qui s’enferme dans son studio des semaines durant pour l’inonder de son inspiration. Je dis "inonder" car il cultive l’image d’un génie déchiré par un trop-plein de créativité, l’obligeant à publier des projets divers dans tous les sens sous peine de sombrer dans le burn-out. En témoigne le clip de Monophobia, traductible par “la peur d’être seul”, dans lequel il tente, en vain, de chasser ses cauchemars de chez lui. Mais tout n’est pas négatif dans son univers graphique, c’est plutôt un grand cocktail de pop culture psychédélique, des sucres d’orge à la DeLorean, des Télétubbies au Human Centipede. Deadmau5 a toujours été un fervent soldat du shitposting (forme d’art numérique agressif, ironique et de qualité stupidement pauvre), tant dans ses choix de titres que dans ses tweets. Il a notamment nommé ses albums “For Lack Of A Better Name”, “W:/2016ALBUM/” en rapport avec son emplacement dans un disque dur, “where’s the drop ?” et “here’s the drop”...
Durant ses streams sur Twitch ou les plateformes qui l’ont précédé, il prend également un malin plaisir à “trashtalk” les viewers qui lui donnent des conseils en musique et c’est toujours drôle à voir. Je crois que la musique lui a suffisamment infligé de coups pour qu’il puisse les rendre aujourd’hui.

Oui, deadmau5 streame, et pas qu’un peu. En dehors de ses sessions sur PUBG, Elden Ring ou Rocket League, il organise de temps en temps les “mau5trap mondays”. Le concept est simple, il écoute les morceaux que sa communauté lui envoie, en payant pour éviter les abus, et donne son avis honnête dessus en direct. Il se montre parfois très sévère mais rarement de mauvaise foi et quand un son lui plaît, il n’hésite pas à le dire. Et dans de rares occasions, le son lui plaît tellement qu’il signe son ou sa créatrice dans son label, mau5trap. C’était par exemple le cas de Kindrid, qu’il a découvert en stream et qui produit aujourd’hui des EPs très qualitatifs. Pour moi, c’est à ça que sert internet : permettre à des gens partageant la même passion de se rencontrer et de travailler ensemble.
Deadmau5 est aussi très investi dans les jeux vidéo. En 2009, il participe étroitement au développement de Minecraft, ce qui lui a valu un skin unique muni des fameuses oreilles de son casque. Plus récemment, il a travaillé avec les développeurs du jeu Core, sorti en 2019 et dans lequel on peut assister à des concerts que le DJ a modélisés.

En revanche, si deadmau5 est un nerd et un troll vivant, c’est probablement l’un des DJs les plus professionnels et consciencieux de la scène électronique mondiale. On dit souvent dans le stand-up que l’humour, c’est du sérieux ; il en va de même pour la musique. Vous pouvez développer l’image qui vous chante, si vous prétendez faire de la musique votre profession, on vous jugera en conséquence. Et Joel ne plaisante pas avec la musique. En témoigne son studio sur-mesure qu’il a fait construire dans la cave de son manoir canadien. Il vous faut absolument regarder la visite de ce studio pour vous rendre compte des moyens qu’il alloue à la création et l’innovation musicale. La pièce en elle-même coûte probablement plus cher que le reste de sa maison car il a passé plusieurs années à assembler des modules analogues, l’équivalent physique des sample packs digitaux que les DJs téléchargent pour obtenir des tonalités spécifiques. Si bien que les murs ressemblent à l’intérieur du vaisseau dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Il a également acquis plusieurs synthétiseurs dont celui qui a servi à créer le son de R2D2 ! Il peut donc pratiquement reproduire n’importe quel son à partir de son studio, probablement même des sons que l’on a jamais entendus ailleurs. Et ce panorama de possibilités se retrouve dans sa discographie, extrêmement variée mais définitivement unique.

Deadmau5 dans son studio

A ce sujet, ne perdons pas plus de temps et parlons de sa musique qui lui est tellement propre qu’on pourrait en faire, sinon un genre musical à part, au moins une branche de l’électro. Deadmau5 a produit, entre autres, pas moins de 21 albums, la bande originale du film Polar ainsi que 10 éditions de WeAreFriends, l’album annuel de son label mau5trap. Et pour autant, ces dizaines de titres ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En profondeur se cachent un nombre incalculable de sons non officiels, de projets abandonnés, de remixes, de mashups qui forment ce qu’on appelle les “unreleased”, les inédits. YouTube, Reddit, Soundcloud fourmillent de ces titres inconnus, qui ne comptent parfois que quelques centaines d’écoutes mais dont le père est bien deadmau5. Je ne saurais estimer leur nombre. La chaîne TheOtherMau5 en compte une centaine, 4:32 A.M Archives, le double et la liste n’en finit pas. Soyons honnêtes, tout n’est pas bon dans cet amas. Ce ne sont parfois que des extraits de lives ou de concerts, durant à peine deux minutes et en qualité discutable. Mais si l’on est patient et que l’on cherche dans les tréfonds d’internet, on tombe parfois sur des pépites comme still bored, ou plus récemment avec The One With The Wheelbarrow, qui se sont instantanément hissés dans mon top 5. Mais d’où sortent ces quantités faramineuses de musiques, perdues sur la Toile à tout jamais ? Principalement des lives Twitch de deadmau5 qui, en plus d’être DJ, gamer, designer, graphiste et collectionneur automobile, investit une partie de son temps dans de longues sessions musicales sur la plateforme. Durant ces lives, on peut passer des heures à le regarder composer dans son studio, tirer des câbles entre ses synthés et ses modules analogues, pour sans cesse créer de nouveaux sons. C’est assez addictif d’observer et d’entendre ses musiques prendre forme au fil des heures, tel un voyeur qui espionnerait un magicien élaborant de nouveaux tours. Et généralement, ces projets se retrouvent abandonnés sur des disques durs en attendant qu’un internaute découpe le stream pour en extraire les minerais musicaux. En somme, tout n'est pas bon mais avec un peu de patience, vous découvrirez vous aussi “le” son qu’il vous manquait !

Un concert de deadmau5 avec son cube interactif

Si l’on rentre un peu plus en détail pour analyser sa signature musicale, on se rend vite compte qu’il est difficile de le placer dans une case. Le DJ canadien est passé par pratiquement tous les genres de l’EDM, du dubstep à la progressive house, de la trance à la techno minimaliste, en passant par la synthwave, l’ambient et j’en passe. Il a même posé un orteil dans la cour du hip hop et du rap de Shotty Horroh, avec qui il a même envisagé un album. Les internautes l’ont même mélangé au rock, à la pop via le mashup. Un jour je vous parlerai des mashups. Enfin, il a accompli le rêve de tout producteur de musique électro : faire jouer ses titres par un orchestre symphonique. Eric Prydz l’a fait, les Daft Punk l’ont fait, deadmau5 l’a fait ; à un moment, il va falloir reconnaître que mes goûts musicaux sont objectivement supérieurs.
Toutefois, si je devais décrire sa musique, ce sont probablement les sonorités de Faxing Berlin ou de Jaded qui me viennent en tête. Des progressions envolées au synthé, des kicks percutants et des slaps faits… avec le cul, littéralement. Dans cette vidéo, qui explique mieux que moi comment est construit le “style deadmau5”, ce dernier déclare que dans plusieurs de ses morceaux, il se claque les fesses avec un micro pour reproduire la netteté d’une caisse claire “punchy”. Mais je le redis, deadmau5 produit des morceaux extrêmement variées dont beaucoup d’ovnis comme screen door qui me donne la sensation de regarder un épisode de Petit Ours Brun avant que le drop n’arrive.
En définitive, on ne peut pas aimer toute sa palette musicale, mais chaque nuance trouvera son public et ses capacités de perpétuelle réinvention et d’innovation sont, à mon sens, ses meilleurs atouts artistiques, dans un monde où d'autres se contentent de reproduire le style qui les a fait connaître.

Si vous avez trouvé cet article décousu, je n’aurai qu’à prétendre m’être inspiré de son sujet. Mais vous l’avez compris, sous ses airs déjantés, il est avant tout un grand créatif et un travailleur acharné, la recette universelle pour faire un bon artiste finalement. Il y a tellement d’anecdotes à raconter sur lui que je pourrais poursuivre sur des pages mais vous avez probablement envie de faire autre chose aujourd’hui. Toutefois avant de partir, promettez-moi d’aller voir cette vidéo. Elle immortalise le moment où deadmau5 a découvert sur Twitter avec sa compagne les paroles qui feront l’un de ses plus gros succès, The Veldt. Parce qu’après tout ce que je vous ai raconté, Joel Zimmerman n’est qu’un simple artiste qui cherche le bon son, le moment ou l’oreille sait que la musique sonne parfaitement juste, peu importe s’il le crée avec Lights, Wolfgang Gartner ou un inconnu rencontré sur Twitter.
Cette vidéo me rend joyeux, deadmau5 me rend heureux, continuez à écouter de la musique et j’espère qu’on pourra en discuter sur le discord !

Electroniquement vôtre,

Lacadieu
Article corrigé par Mahikan

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Lacadieu

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