[Musique] Les génies de l’électro Partie 1 : Eric Prydz

Tout d’abord, s’il y a une chose que vous devez savoir à mon sujet c’est que mes goûts culturels sont fondamentalement les mêmes qu’à la sortie du premier iPhone. Je relis les mêmes sagas de fantasy que quand j’étais en primaire, Harry Potter et les livres de Pierre Bottero entre autres ; je joue principalement à Trackmania et Minecraft, deux “vieux” jeux ; mon film d’animation préféré a toujours été Cars ; ma série de cœur reste la première que j’ai vue, Suits, et si mon top 10 films a évolué, il comporte encore beaucoup d'œuvres de mon enfance. Pour ce qui est de la musique, ça devient même radical puisque j’écoute au quotidien les 2 mêmes artistes depuis 2008 : Eric Prydz et deadmau5. Je laisse de côté les Daft Punk puisque tout a été dit à leur sujet, ils laissent derrière eux une marque ineffable sur la scène électronique mondiale, ainsi que la meilleure bande originale, selon moi, celle de Tron : Legacy. Mais je souhaitais m’étendre sur les deux premiers, moins connus du grand public alors qu’ils marquent et réinventent l’électro depuis 15 ans. Comme vous l’avez lu dans le titre, je parlerai en premier lieu d’Eric Prydz avant de m’attaquer à deadmau5 dans un prochain article.

Mon histoire d’amour avec l’électro commence un après-midi de l’an 2008, probablement pendant les vacances puisque j’étais dans ma chambre. Alors que je poursuis ma ville en Lego et en Kapla, l’animateur d’NRJ annonce dans mon poste radio le nouveau son d’un DJ suédois, Eric Prydz. Alors que les premières notes de Pjanoo retentissent, quelque chose se débloque en moi. Pour la première fois j’entends une musique sans parole, répétitive et qui pourtant me transporte. Je découvre également ce qu’est un drop, l’équivalent du refrain dans les autres genres musicaux. Ce ne sont que trois notes conjointes mais elles ont propulsé Eric Prydz à la trentième place du classement mondial de DJ Mag en 2009. À neuf ans, j’ignore bien évidemment tout ceci et trois minutes plus tard, NRJ enchaîne déjà avec un hit de Rihanna ou de Katy Perry. Trop marqué par cette musique j’en oublie le nom du DJ. "Eric Prise" ? Et le titre c’était quoi, "Pianou" ? À l’époque en France, la musique électro n’était pas davantage diffusée qu’aujourd’hui, à la radio du moins. Le son repasse une ou deux fois dans des mixs le samedi soir et c’est déjà fini. Mais ce titre me marque par sa singularité, bien différent de l’EDM (Electro Dance Music) commerciale de Nicky Romero, Calvin Harris ou Afrojack qu’on écoute à cette période.

Les années passent, mon goût pour les basses rythmées et les synthétiseurs se renforce, au détriment de la pop et du rap populaires. Avicii plutôt que les Black Eyed Peas, Hardwell plutôt que Sexion d’Assaut. Et si ma mémoire est correcte, c’est en 2013 que je mets un nom sur l’artiste qui m’a initié à l’électro. Je reçois une nouvelle chaîne hi-fi tout simplement magique puisqu’elle peut enregistrer sur mon MP3 les musiques qui passent à la radio ! C’est ainsi que j’enregistre lors d’un mix un bout de 2Night, incroyable bijou de progressive house par Prydz. Ça y est, je peux enfin coller un nom sur la musique que j’aime et quand je découvre son profil Spotify, c’est une révélation. En 2013 le DJ vient de dévoiler Eric Prydz Presents Pryda, un album de trente sept titres ! Trente sept titres pour un ado qui s’était contenté d’une poignée de musiques enregistrées à la radio, c’était un plongeon dans l’absolu. Mes années de collège étaient probablement les plus heureuses et je crois que la musique électro y a grandement contribué. Mais rentrons dans le vif du sujet : Qui est Eric Prydz et quel est son apport à l’électro ?

Eric Prydz

Si l’on dresse une biographie succincte du bonhomme, Eric Prydz commence la musique dans son pays natal, la Suède, en compagnie de ses amis Axwell, Sebastian Ingrosso et Steve Angelo avec qui il fondera la Swedish House Mafia. Mais le premier titre qui fait sa réputation est aussi le plus controversé, à savoir Call on Me en 2004. Oui ce clip là oui… Alors qu’il semble avoir repris la musique à DJ Falcon et Thomas Bangalter, aka la moitié des Daft Punk, la maison de disques avec laquelle il a sorti le single sort le clip vidéo sans son accord. Un clip qui, vous en conviendrez, a mal vieilli. D’autant plus que ce n’est pas de cette manière qu’Eric souhaitait être connu, il n’a d’ailleurs plus joué le titre en concert à partir de 2005. Selon lui, ce n’était qu’un projet annexe qui lui a pris 30 minutes à faire. Dans les années 2000, il décline sa musique en trois noms de scène : Eric Prydz pour l’électro “commerciale” grand public, Pryda pour la progressive house et Cirez D pour la techno. Ce dernier lui ouvre les portes des prestigieux clubs londoniens auxquels il consacre une grande partie de son temps. Son plus gros projet musical, je l’ai évoqué : Eric Prydz Presents Pryda sort en 2012. C'est une compilation de mélodies oniriques, quasi féériques, qui montent progressivement pendant plusieurs minutes jusqu’à l’apothéose du drop, parfois calme, souvent musclé mais toujours maîtrisé. Enfin, son dernier album sorti en 2016, Opus, se montre plus varié, plus grave et plus coloré que son précédent.

 

Eric Prydz presents Pryda et Opus, ses deux plus gros albums.

Mais sa contribution la plus importante à l’industrie de l’électro arrive dans les années 2010 avec la création d’EPIC. Pour comprendre EPIC, il faut revenir à un concert qui a marqué l’histoire de la musique, Alive des Daft Punk en 2007. Le duo français a présenté les effets visuels comme une extension de l’expérience musicale. Eric Prydz n’a, à ma connaissance, jamais mentionné Alive mais EPIC est aujourd’hui la digne évolution de cette démarche. Abréviations d’Eric Prydz In Concert, les concerts EPIC sont une association entre la techno, la progressive house du suédois et des effets visuels sensationnels en adéquation parfaite avec le rythme du set. Au départ, ce n'étaient que des écrans géants et des grilles de lasers qui quadrillaient la foule lorsque le drop arrivait mais le projet a mûri pour devenir ce qu’il est aujourd’hui : Holo. C’est assez difficile d’expliquer Holo à l’écrit mais Eric Prydz a poussé l’aspect visuel au-delà des projecteurs en créant des hologrammes gigantesques qui accompagnent les phases de transition (progression musicale entre deux tracks ou deux drops). Imaginez simplement que le public ne danse plus devant une scène, des platines et des haut-parleurs mais devant un immense écran 3D transparent en bas duquel un minuscule DJ diffuse sa musique si singulière. Les possibilités semblent infinies, allant d’un satellite grandeur nature à une main géante qui plane au-dessus de la fosse, en passant par un immense cordon d’ADN. Je vous invite à découvrir les captations qui ont été faites. Le dernier ajout du show est la Holosphère, une boule de LED de 5 tonnes qui peut prendre l’apparence d’un œil ou de la Lune et qui accroît encore l’ampleur de la scène.

Holo, par Eric Prydz

Mon écoute d’Eric aujourd’hui est basée sur la redécouverte régulière de ses anciens sons, de façon assez aléatoire. Parfois je me dis “non mais le piano à 3 minutes dans Javlar il est tellement magnifique de simplicité” ou bien “le drop de The Beginning est le drop le plus contrasté de sa discographie”. Alors que j’avais du mal avec son alter ego Cirez D étant plus jeune, je découvre ces derniers temps la partie techno de sa discographie et je tombe parfois sur des merveilles comme On Off, surtout dans sa version remixée par Pryda (à partir d’1h05).
Décrire par des mots la musique du DJ producteur suédois n’est pas évident, mais elle m’évoque généralement l’espace, l’inconnu des galaxies, le gigantisme. En grand amateur de science-fiction, j’imagine souvent un voyage interstellaire en entendant les premières notes de NOPUS, The Drive ou encore Vega. Les mélodies progressives donnent un sentiment d’apaisement profond, de calme dans des espaces infiniment grands. Le remix d’In and Out a probablement vieilli depuis 2007 mais je le trouve toujours aussi fluide. Dans la même veine, son remix de Pink Floyd, Proper Education, se veut calme et fidèle au titre original. Et quand le drop survient, il est généralement grave, précis et déçoit rarement. Mais à la différence de deadmau5, je trouve qu’Eric Prydz ne travaille pas autant ses drops que les progressions qui les précèdent. Pas de polyrythmie, juste un “poum-chak” ou un “poum-poum” pour la techno.

Pour conclure sur une note un peu moins positive, je crois savoir que c’est quelqu’un d’assez désagréable dans la vie. Il a généralement peu de reconnaissance pour ses fans, refuse presque toute collaboration et n’hésite pas à envoyer promener les labels qui lui demandent d’inclure des paroles dans ses titres. Mais c’est sans doute ce qui a préservé son intégrité artistique au fil des années, là où d’autres comme Martin Garrix, Avicii et même le grand Tiesto ont succombé à la facilité de l’EDM moderne qui devient de plus en plus uniforme à mon sens.
J’espère que cette présentation vous aura séduit et donné envie de (re)découvrir cet artiste si emblématique de la musique électronique. Cet article se poursuivra bientôt par l’étude d’un personnage beaucoup plus fun et tout aussi talentueux, le “Goat lord, king of meowingtons”, Monsieur deadmau5. En attendant je serai ravi de parler électro avec vous, notamment sur le Discord de LPV !

Lacadieu
Article corrigé par Mahikan

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Lacadieu

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