[Cinéma] A Cure for Life – La cure de la déception

[Attention, cet article parle de représentation du viol, de gore et d’incompétence scénaristique notoire.]

 

Avez-vous déjà imaginé un babouin prendre un concept scénaristique et essayer d’en faire un scénario tout en pensant à son envie de copuler ? Non ? Dommage, car ça aurait sûrement fait un meilleur film que celui dont je compte vous parler aujourd’hui.

A Cure for Life, qui porte aussi le titre A Cure for Wellness, est un film d’horreur qui m’avait beaucoup intrigué dès la diffusion des bandes-annonces. L’esthétique donnait clairement envie, le scénario intriguait carrément et, au vu des images, il était même possible d’espérer qu’il propose une explication rationnelle et pas uniquement un énième « Ta gueule, c’est magique » (ou « TGCM » pour les intimes). Ainsi, accompagnæ d’une amie fan de films d’horreurs, tenant d’une main ma curiosité sans limites et de l’autre mon absence totale de vaillance quand il s’agit de regarder des films d’horreurs pour la première fois, j’ai lancé le visionnage de ce film.

 

Date de sortie : 15 février 2017

Réalisateur : Gore Verbinski

Genre : Horreur, Thriller, Fantastique

Casting : Dane DeHaan, Jason Isaacs, Mia Goth

Synopsis : Lockhart, jeune cadre ambitieux, est lancé sur la trace de son patron disparu dans un mystérieux centre de bien-être en Suisse. Pris au piège de l'Institut et de son énigmatique corps médical, il découvre peu à peu la sinistre nature des soins proposés aux patients. Alors qu'on lui diagnostique le même mal qui habite l'ensemble des pensionnaires, Lockhart n'a plus d'autres choix que de se soumettre à l'étrange traitement délivré
par le centre... la Cure.

CW/TW : Nudité, mort humaine, mort animale, torture, mutilation, sexualité, viol, inceste, expérimentations humaines

 

Déjà, je vous rassure : tout n’est pas négatif dans ce film !
Dès les premières minutes, l’équipe nous propose des plans tout simplement sublimes. Entre la magnificence des montagnes suisses et la capacité de la caméra à proposer des plans symétriques et harmonieux, de nombreuses scènes de ce film sont merveilleuses à regarder.
De plus, le scénario initial - un homme qui voit des éléments remettant en cause l’innocuité du traitement qu’il reçoit, mais est en même temps en proie à des hallucinations pouvant faire douter de sa capacité de jugement - est une base scénaristique intéressante à traiter.
Voilà. Oui, bien évidemment que c’est court, je vous avais prévenu dès le début que le film est catastrophique !

Je suis à deux doigts de tout lâcher pour aller vivre en Suisse.

Il y a deux choses que je reproche à cette œuvre. Son côté gore, et son scénario.

Le premier n’est pas forcément un problème en soi puisque c’est ce que d’autres spectateurices recherchent et apprécient dans un film. Honnêtement, il n’y a pas tant de passages sanglants ou douloureux que ça, mais j’ai trouvé que son utilisation a souvent desservi l'œuvre. Soit A Cure for Life visait un public clairement intéressé par ce sujet et, dans ce cas-là, il aurait fallu en mettre bien plus et le promouvoir en conséquence, soit le film voulait proposer une expérience axée sur le scénario (ce qui, a priori, était le cas ici) et dans ce cas, j’ai personnellement trouvé que c’était forcé. Comme si le scénariste essayait de nous hurler « olala regardez comme c’est vraiment très très horrible ce qui se passe ! » en pensant être subtil. Autant, dans L’Orphelinat, les scènes de souffrance physique servent le propos, autant, ici, j’ai vraiment eu l’impression qu’à l’écriture, quelqu’un a voulu prouver au monde qu’iel pouvait être subversifve en insérant des passages gore quand l’occasion se présentait. Sans vous spoiler la scène de torture, celle-ci ne sert pas à grand-chose (instaurer une notion de « punition » et un sentiment d’être à la merci de la personne qui l’ordonne). Le simple dialogue qui l’accompagne, à lui seul, aurait pu suffire à introduire ces deux idées, sans avoir à en montrer la réalisation. De même, la scène de viol aurait pu ne jamais exister : à ce stade du récit, les intentions du violeur ont été très clairement explicitées et le fait de le montrer en train d’effectivement violer sa victime n’a pas d’intérêt (on savait que c’était son projet) autre que d’avoir, de nouveau, cette impression que le scénariste (je parle au masculin car c’est effectivement un homme et, c’est malheureux à dire, ça se sent complètement dans le traitement des rares personnages féminins) me hurle dessus qu’il est tellement imaginatif et subversif à oser montrer un viol (et, par la même, potentiellement faire du mal à toutes les personnes qui en ont vécu un, pas merci).

Sans transition, voici une fenêtre.

On pourrait penser que tout cela serait compensé par le scénario qui, comme dit précédemment, partait plutôt bien. Toutefois, c’était sans compter sur la capacité des scénaristes à bâcler celui-ci. Et, pour justifier de mon propos, je vais être obligæ de spoiler, donc si vous comptez découvrir ce film par vous-même, passez votre chemin.

Pour faire un rapide récapitulatif des événements : on découvre que l’institution se trouve sur les ruines du château d’un baron obsédé par la pureté de son sang au point d’épouser de force sa sœur et de la violer. Celle-ci ne donnant pas naissance à des enfants viables, le baron commence des expérimentations humaines pour la guérir. S'ensuit une révolte locale, la sœur est éventrée et tuée, son bébé (a priori) à terme jeté à l’eau et le baron gravement blessé. Ce dernier parvient à retrouver sa fille, construit sous une autre identité l’institut sur les ruines de son ancien château et continue ses recherches, utilisant les patient’es comme cobayes pour obtenir un produit qui…. Euh….

En fait on ne sait pas trop à quoi il sert (incohérence n°1). Ce qu’on sait, c’est que ça allonge la durée de vie. Et, en considérant le fait que le gars a poireauté des décennies pour que sa fille ne soit pubère (alors qu’il aurait suffi de la laisser sans traitement et d’attendre la puberté pour le lui en donner), on peut supposer que Hannah était effectivement malade et que, donc, ce liquide guérit. Sauf que lui n’est pas guéri de ses brûlures, donc ce n’est absolument pas clair. Bref, c’est un liquide qui fait quelque chose que lui recherche (wow, much scénario, very clear).

De plus, pour créer ce produit, il utilise une méthode avec l’eau du coin et des animaux ressemblant à des anguilles. Méthode qui est… Absolument incompréhensible (incohérence n°2). Les « anguilles » sont le point de départ de ses recherches : il a réalisé qu’elles vivaient 300 ans dans l’aquifère local au lieu des 12, et que l’eau de l’aquifère avait donc des propriétés intéressantes. Celle-ci étant toxique pour l’être humain, il utilise un procédé de filtration qui consiste à utiliser des humain’es pour l’absorber, s’empoisonner et obtenir une eau plus pure… Dont on ignore d’où et de comment elle provient. Mes connaissances en physiologie tendraient à suggérer qu’il s’agisse d’urine puisque le rein a une faculté de filtration, mais celle-ci a justement pour but d’éliminer les toxines pour ne pas qu’elles restent dans le sang. Cela serait donc incohérent a priori. Toutefois, le film nous montre que des examens d’urine sont pratiqués chez les patients, ce qui laisserait entendre que c’est bien le mécanisme utilisé ici, sans jamais le confirmer. De plus, cela n’explique pas le rôle des « anguilles » dans le traitement. Elles sont présentes dans certains bains et dans l’eau que les clients boivent (de gré ou de force), mais on ne comprend jamais à quoi elles servent. Pire encore : leur fonctionnement est profondément incohérent. Parfois, elles dévorent la chair du moindre humain présent dans l’eau et, parfois, elles se contentent de nager autour en les ignorant. La présence de larves dans l’urine ou sous la peau des résident’es est par ailleurs évocatrice d’un développement parasitaire, mais sans qu’un ou des organes cibles ne soient fixés. Bref : on ne sait pas ce que c’est, comment ça marche, quelles conséquences ça a, on sait juste que ça peut être à l’intérieur de quelqu’un et, comme on ignore ce que ça implique, on ne sait même pas si on doit en rire ou en pleurer.

Enfin, le baron semble capable de faire des lavages de cerveau (générer un état d’euphorie et de bien-être voire faire obéir l’ensemble des résident’es à sa volonté tel un nécromancien contrôlant ses zombies fraîchement déterrés). Comment ? Apparemment, ça ne valait pas la peine d’être expliqué, donc je me permets d’annoter ça en « incohérence n°3 » et je regrette même de ne pas pouvoir faire un tableflip pour la forme, parce que j’en aurais eu besoin pour évacuer toute ma frustration.

♫ Ce que nous voulons c’est du poisson fort bien goûTEUUX ♫

Pour conclure, A Cure for Life est un film qui avait du potentiel, lequel n’a su être exploité que pour nous faire de superbes plans. Pour tout ce qui touche à la narration, c’est tellement catastrophique que je ne peux que considérer que le scénario a été bâclé par quelqu’un qui a juste trouvé l’esthétique des cures thermales et des Alpes suisses jolies et a griffonné trois idées avant de s’auto-congratuler pour son côté audacieux. J’aimerais franchement en parler en des termes plus respectueux, mais puisque la structure de l’article que vous venez de lire a déjà plus de sens que tout le film dont il parle, je considère être encore dans le cadre de la politesse. Bref, à moins qu’un ou plusieurs des éléments vous intéresse au point de vouloir le voir par vous-même, je vous conseille personnellement de réfléchir avant de vous lancer dans un visionnage de A Cure for Life, celui-ci pourrait vous laisser un arrière-goût de déception. 

En tout cas, en attendant de vous parler, je l’espère, de bien meilleures œuvres, je vous souhaite une excellente fin de journée et tout le bonheur que le monde puisse vous apporter.

 

Hel

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