[Séries] La Voie du Tablier – Critique

Il y a quelques années de cela, en admirant mon fil Twitter peu passionnant, je tombais sur le Retweet d’un artiste Japonais que je suivais. Il s’agissait alors d’un court gag de quelques pages fait par un artiste aimant visiblement dessiner des mafieux. Encore peu doué en japonais à l’époque, j’avais du mal à comprendre ce qui se disait, mais en persistant pour m'entraîner je compris que le yakuza représenté s'était reconverti en homme au foyer : voilà qui était surprenant ! C’est ainsi que j’avais découvert La Voie du Tablier et aujourd’hui, nous allons parler de son adaptation animée par le studio J. C. Staff pour Netflix.

Date de Sortie : 8 Avril 2021

Réalisatrice : Chiaki Kon 

Genre : Comédie, Tranche de Vie

Studio et Diffusion : J.C. Staff  - Netflix

Synopsis : Tatsu, l'immortel, le légendaire yakuza qui a vaincu à lui seul un gang rival avec un tuyau de plomb, est connu pour autant effrayer les policiers endurcis que criminels les plus vicieux. Peu de temps après sa disparition, il refait surface avec un léger changement de profession. Désormais, équipé d'un tablier, Tatsu a renoncé à la violence et tente de gagner honnêtement sa vie en tant que mari au foyer.

TW / CW : Violence modérée.

La Voie du Tablier nous raconte donc des épisodes de la vie de Tatsu, un ancien Yakuza légendaire pour ses faits d’armes qui mène désormais une tranquille vie d’hommes au foyer. Ce dernier est loin d’être mauvais dans son labeur, il y applique autant d’ardeur, si ce n’est plus, que dans son ancien travail. Une bonne partie de l’humour de la série réside d’ailleurs dans l’alliage de son passé et de son présent : si Tatsu est l’homme au foyer modèle (cuisinier talentueux, roi du ménage et expert en relation sociale), il garde malgré tout ses manières de faire et son parler de mafieux et il n’est pas rare que ce dernier effraie ses interlocuteurs qui le connaissent peu. 

Dans la série, cet humour est très bien retranscrit via le doublage en grande partie. Pour être honnête, je n’ai écouté que le doublage japonais comme tout bon élitiste péteux que je suis. Les acteurs incarnent les personnages venant du milieu des yakuza cabotinant comme il le faut pour appuyer le côté « mafieux, mais pas trop » de la plupart des personnages. Tatsu est évidemment au-dessus du lot, doublé par Kenjiro Tsuda (Kaiba de Yu-Gi-Oh! en autre) qui est capable de s'exprimer comme le plus terrifiant des yakuzas tout en parlant avec passion de cuisine, ce qui appuie encore plus le décalage comique de la série. Miku n’est pas en reste, elle est jouée à merveille par une Maaya Sakamoto (Shinobu des Monogatari et Ciel Phantomhive de Black Butler notamment) qui remplit à merveille son rôle de designeuse sûr d’elle et un peu loufoque. Visuellement, beaucoup étaient assez mitigés par le style manga animé de la série, mais celui-ci colle parfaitement au ton de La Voie du Tablier et permet de décupler l’impact qu’ont certains gags. Malheureusement certains passages n’apportent rien de nouveau par rapport au manga, la plus value de l’anime dépend énormément de l’épisode adapté et parfois on se dit que des gags auraient mérité plus de travail.

Là où la série excelle, c’est que les codes des films et séries de mafieux sont détournés en les mettant dans un contexte « ménager » sans pour autant qu’on se moque de la vie des personnes représentées. Ce qui est drôle, c’est ce décalage, ce fossé qui sépare l’image perçue des personnages et leurs actions. En quelque sorte, nous pouvons comparer ça aux personnages principaux des jeux Yakuza, dont Kiryu est un parfait exemple : crapule au cœur d’or dont sa grande virilité apparente ne l’empêche pas de montrer ses émotions ou de faire des activités de manière ridicule.

Il en va de même pour Tatsu, qui nous montre que toutes les capacités qu’il a (sociabilité, ménage et cuisine) ne sont pas générées par nature, c’est une construction sociale à laquelle son couple ne correspond pas. De même, sa femme, Miku, n’est pas à l’image de la femme mariée typique (surtout au Japon). Même si cela est peu représenté, nous savons que c’est une designeuse menant une bonne carrière et qui est absolument incapable de s’occuper des tâches ménagères. Pourtant, ce n’est pas de ça dont nous rions. Tout comme leurs proches, nous ne nous moquons jamais d’eux, mais nous nous amusons du décalage cité plus haut et des gags et situations improbables qui arrivent. Le bonheur que chacun ressent grâce à leur choix est visible et n’est jamais remis en question par la série. Même les personnages secondaires qui essaient de faire revenir Tatsu dans sa vie d’avant finissent par accepter qu’il est très heureux là où il est et certains, comme son ancien subordonné Masa, le suivent dans cette nouvelle vie avec des résultats variables selon la personne. 

Ceci dit, ce principe où les rôles traditionnellement genrés sont inversés n’est pas nouveau. Nombre de séries, de mangas et d’animes s’en sont déjà servi, nous pourrions citer Toradora et Persona 4 par exemple. Certes, ici l’originalité est que les capacités et le bonheur des deux amoureux sont mis en valeurs mais, malgré tout, il s’agit du travail de l’homme qui est mis en avant. La carrière de Miku n’est en soit qu’un contexte de l’histoire et n’est pas présenté comme quelque chose d’exceptionnel là où la série, au début, nous montre le caractère surprenant du choix de vie de Tatsu. De ce point de vue là, nous pourrions arguer que quand c’est un homme qui reste au foyer, on présente ça comme étant un travail à part entière là où quand c’est une femme, c’est extrêmement banalisé voir ignoré. Nous pourrions aussi dire que c’est parce que Tatsu est le personnage principal qu’on a cette mise en valeur, mais nous ne devons pas oublier que cette surexposition de la vie d’un homme au foyer, en ignorant le lot des femmes au foyer, existe.

Mis à part quelques défauts mineurs, La Voie du Tablier est une excellente comédie, mettant en avant le fait qu’un homme peut choisir d’être un homme au foyer et être épanoui de manière bienveillante. C’est une petite bouffée d’air frais avec ses personnages attachants et ses situations cocasses. À titre personnel, je pense que c’est une très bonne série à déguster petit à petit comme le manga puisque l’humour a tendance à être un peu redondant.

Sharksymponie

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