[Série] New Amsterdam – La série médicale qui voulait soigner l’Amérique

Quoi de mieux que de regarder une série médicale en préparant ses cartons de déménagement ? Sans doute plein d’autres choses, mais il faut bien trouver une accroche.
À l’instar de 911, la série étudiée aujourd’hui, New Amsterdam, fait partie de ces découvertes dont on ne m’avait jamais parlé auparavant, et ce, à ma grande surprise compte-tenu de la solidité du show.

Créateur : David Schulner

Casting : Ryan Eggold, Janet Montgommery, Freema Agyeman, Jocko Sims

Synopsis : L'hôpital New Amsterdam a la particularité de traiter, sous le même toit, des patients souffrant d'Ebola, des prisonniers d'un pénitencier de haute sécurité et le Président des États-Unis. Cet établissement public sous-financé, véritable institution de Manhattan, est bouleversé par l'arrivée à sa tête d'un nouveau directeur, le Dr Max Goodwin, bien décidé à faire bouger les choses. Mais ses batailles seront multiples, puisqu'il doit également lutter au quotidien contre le cancer qui le ronge...

Plateforme : Netflix

TW/CW : Sang, mort, milieu hospitalier, Covid, racisme, homophobie, TCA, drogue, alcool

Des séries médicales, le petit écran nous en a servi à la truelle. Des ultra connues comme Dr House ou Grey’s Anatomy aux plus anciennes comme Urgences en passant par les plus récentes comme The Resident, chacune de ces histoires arrive à se démarquer tout en répondant pourtant au même cahier des charges, les rendant donc quasiment identiques les unes des autres. La plupart du temps, on va en tirer deux tendances : soit la série est centrée sur la résolution de cas difficiles - frôlant souvent l’improbable - qui seront résolus par le génie du personnage principal (Dr House, The Good Doctor), soit elle s’oriente plutôt vers le drame humain et la romance. Ici on pense évidemment aux tribulations romantiques entre Grey et le docteur Mamour.

En revanche, ce que nous voyons plus rarement, c’est une réflexion sur le rôle des soignants, sur ce qu’est la médecine aujourd’hui et la situation catastrophique du milieu médical aux États-Unis, et par extension au reste du monde capitaliste. C’est justement la grande force de New Amsterdam : c’est moins l’aspect spectaculaire apporté par les cas que les réflexions qui en découlent qui sont mis en avant. Une autre particularité qui a contribué à l’attention appuyée que j’ai portée à la série est son contexte de diffusion : sortie à partir de 2018, le show est, tout comme 911, typique de ces œuvres apparues pendant la présidence de Donald Trump. À partir de là, mon intérêt n’a plus été de regarder New Amsterdam comme une simple série médicale comme les autres, mais comme le produit d’une époque chamboulée : une sorte de tentative d’adresse directe à une présidence ultra-conservatrice pour qui la santé publique n’était pas une priorité, ce qui a d’ailleurs mené à la situation épidémique dramatique que la série analyse également dans sa troisième saison. Or, ce qui est particulièrement appréciable avec New Amsterdam, c’est que ce commentaire sur un monde médical éventré par les intérêts économiques, elle le fait avec beaucoup de justesse.

La première chose à savoir est que New Amsterdam est l’adaptation du livre d’Eric Manheimer, Vie et mort à l’hôpital Bellevue, dans lequel ce dernier raconte le quotidien du personnel de l’hôpital Bellevue, plus grand hôpital public de New-York, dont Manheimer a été directeur médical à partir de 1997. Le livre est articulé autour du parcours de douze patients, dont le sien, atteint d’un cancer de la gorge. À la TV, l’hôpital est devenu New Amsterdam - toujours situé au plein cœur de New York - et le Dr. Manheimer a été remplacé par Max Goodwin, fraîchement nommé directeur médical, atteint du même mal que l’auteur, et investi par la même envie de recentrer la mission de l’établissement autour des patient’es. Il faut d’ailleurs noter qu’Éric Manheimer, en plus des informations contenues dans son livre, a apporté son aide aux scénaristes de la série afin de rendre au mieux à l’écran ce que c’est que diriger un hôpital public abritant 7 000 employés.

Ce choix de localisation est d’ailleurs particulièrement intéressant : nous ne sommes pas plongé’es dans une clinique privée où un médecin consciencieux devra se battre contre une direction tournée vers les actionnaires, mais dans un hôpital public, accompagné de toutes les galères qui vont avec, et où tous les personnages principaux (les chef’fes de service) ont fait le choix d’exercer pour soigner toutes les personnes venant à elleux, sans se préoccuper des revenus de celleux-ci. À partir de là, le focus n’est pas mis seulement sur les patient’es aux mystérieux symptômes (parfois, ils ont des pathologies sommes-toutes banales), mais sur le combat de Max pour sauver l’hôpital public : lever des fonds, ouvrir de nouveaux services, combattre les intérêts privés des financeurs, etc.
D’ailleurs, c’est bien le personnage de Max qui attire une grande partie de la sympathie au début de la série. C’est simple : il devrait être pris en exemple lorsqu’il s’agit de management. Des chirurgiens surfacturent ? Ils sont tout bonnement virés. Les détenues enceintes de Rickers se voient retirer leurs bébés à la naissance ? Injectons de l’argent dans un nouveau programme de nurserie dédié à ces jeunes mamans. Le slogan du directeur médical, “Comment puis-je vous aider ?” peut ressembler de prime abord à un simple "y' a qu’à”. Pourtant, il témoigne d’une vision claire du système de santé : s’il y a de l’argent, on l’utilise, s’il en manque, on trouve un moyen d’en faire. D’aucuns diront que c’est une vision angélique et dénuée du fameux pragmatisme si cher aux bourgeois, pourtant il n’est jamais montré que les solutions sont simples. Et nous voyons régulièrement Max en plein débat avec ses patrons à ce sujet. Mais le propos de la série n’est pas de dire que sauver l’hôpital public est simple mais que cela demande de s’y lancer et de, au minimum, essayer. Le point fort du directeur médical est qu’il n’est pas touché par la matrice idéologique capitaliste. La sienne, c’est les patient’es et le devoir de soins gratuits prodigués au sein de son hôpital.

Un autre point qui rend New Amsterdam particulièrement intéressant est la diversité des champs médicaux étudiés. Là où la plupart des séries médicales s'intéressent à un service en particulier (diagnostique, chirurgie, urgences, etc.), celle-ci a fait le choix de placer chaque personnage principal dans un service différent. Nous avons donc une brochette de personnages, extrêmement attachants de surcroît, qui amènent chacun’e leurs lots de cas différents. Ainsi, nous suivons la Dr. Sharpe au sein du service d’oncologie, la Dr. Bloom aux urgences, le Dr. Reynolds en chirurgie cardio-thoracique, le Dr. Kapoor dans le service de neurologie, et le Dr. Frome en psychiatrie. Eh oui, la série se paie même le luxe de s'intéresser aux urgences psychologiques, chose unique dans le genre. Et chaque personnage a le droit à un développement suffisamment poussé afin qu’aucun’e ne soit laissé’e de côté.

Une attention particulière a d’ailleurs été apportée sur le casting afin de présenter un panel de personnages (qu’iels soient secondaires ou principaux) largement diversifié, ce qui permet bien évidemment de faciliter l’identification par les spectateurices, mais aussi et surtout d’étudier nombre de situations encore peu représentées à l’écran. C’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant dans New Amsterdam : pas un épisode ne manque d’aborder un sujet de société particulier. Du jeune ado trans dont les parents refusent la mammectomie, jusqu’à l’épisode (extrêmement touchant) centré sur l’épidémie d’addiction aux opioïdes frappant les États-Unis, en passant par la question de la difficile accession aux soins pour les détenues de Riker’s Island, chaque situation abordée est extrêmement intéressante et permet de témoigner et de réfléchir sur un sujet d’actualité américain, parfois brûlant. En outre, tout l’intérêt est qu’il le fait avec bien plus de subtilité qu’un thread sur Twitter. Du moins, dans la première saison.

En effet, même si New Amsterdam garde beaucoup de ses qualités dans les deux saisons suivantes, je n’ai pu que remarquer une baisse de qualité dans son écriture, et ce, pour trois raisons. Tout d’abord l’apparition progressive de bien plus d'intrigues amoureuses et de “dramas” sans grands intérêts. Même si on peut comprendre leur présence pour faire avancer certains personnages, je trouve qu’une série comme New Amsterdam n’en a pas vraiment besoin et que cela sert plus pour servir de bouche-trou scénaristique. Le deuxième point d’accroche vient de la disparition brutale de certaines de ces intrigues au cours de l’histoire, à partir de la troisième saison. Ce n’est en revanche pas un défaut que je mettrais forcément sur le dos des scénaristes puisque la production et l’écriture de cette saison ont été complètement chamboulées par la crise épidémique. Seulement, cela fait forcément un trou scénaristique qu’il est difficile de cacher, et nous n’avons plus qu’à agiter notre mouchoir en direction de ces intrigues (que nous avons dû douloureusement supporter pour certaines) parties trop tôt. Enfin, il est difficile de ne pas remarquer une baisse de subtilité avec le personnage principal au cours, encore une fois, de la troisième saison. Et pour cause, celui-ci devient progressivement une espèce de white savior qui attaque ses lubies du moment de manière bien plus frontale. Ses combats deviennent ainsi non plus des réflexions sur des pistes d’amélioration de son hôpital, mais des prises de position directes : ce n’est plus “il faudrait” mais “il faut” et la différence est majeure, d’autant plus qu’elles sont parfois complètement irréfléchies, tranchant avec la caractérisation du personnage.
C’est cet ensemble de défauts s’installant progressivement qui font que le développement narratif me semble en deçà de ce que les premiers épisodes pouvaient nous offrir. En revanche, cela ne suffit évidemment pas à réduire complètement la qualité globale de la série, puisqu’elle conserve son aspect le plus important.

Ce qui fait de New Amsterdam une série plutôt captivante, c’est la sorte de mission qu’elle semble avoir adoptée. Tout comme 911, elle semble vouloir “soigner” les États-Unis. C’est du moins ce que je vois avec la tonne de sujets d’actualité traités, et l’ensemble de ses personnages extrêmement attachants. Étant apparue à une période où le pays était en quelque sorte brisé par l’arrivée au pouvoir de Trump, rien de mieux qu’une série médicale pour explorer des pistes d’amélioration. L’Amérique n’ayant jamais été aussi divisée, New Amsterdam a fait le choix judicieux de ne jamais opposer aux protagonistes des “méchants” dont il faudrait combattre la perfidie. Il existe des antagonistes, même le temps d’un seul épisode. On peut par exemple penser au doyen Fulton, et la présidente du conseil d’administration Karen Brantley qui a bien souvent pour priorité les questions financières. Mais une couche de subtilité a été apportée à chacun de ces personnages non pas pour trouver une sorte de faux équilibre, mais pour aborder des sujets difficiles avec bien plus de calme et tenter de créer de l’union dans la difficulté. New Amsterdam souhaite soigner l’Amérique, sans créer pour autant plus de division. En outre, le plus étonnant est que cette série est particulièrement “relaxante” à regarder, malgré son genre qui ne s’y prêterait pourtant pas. Nombre d’épisodes font réellement du bien au cœur, d’autant plus dans le contexte dans lequel nous évoluons actuellement. Cela est sans doute dû au fait que la majorité des épisodes se clôt soit sur une victoire, soit sur une note d’espoir.

 

Je tiens à relever l'introduction de la saison 3 : meilleur exemple de comment traiter l'épidémie de Covid dans une série.

Sans forcément révolutionner le monde des séries, ou même le genre, New Amsterdam apporte beaucoup de fraîcheur grâce à sa manière d’aborder le monde médical et d’explorer des pistes de réflexion sur nombre de sujets difficiles. Elle entre dans cette catégorie de séries récentes qui posent un constat sur une Amérique blessée, divisée, et qui ont pour objectif de mettre en avant non seulement des tentatives de solutions, mais aussi un panel de personnages rafraîchissants et attachants, représentant l’ensemble de la population. Par les temps qui courent, ce sont sans doute ces séries qui sont les plus appréciables.

Pemf

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