[Série] 9-1-1 : Humanités en Urgences

En explorant le catalogue de Star sur Disney+, je suis tombé sur une série dont le pitch me laissait perplexe. En effet, souvent les séries américaines suivant des policiers ou des urgentistes me laissent de marbre. C’est habituellement répétitif, visuellement peu inventif, et je n’arrive que très rarement à placer un nom sur des personnages plus que transparents. Et appeler les personnages “Osef 1”, “Osef 2”, “Osef 3” et ainsi de suite, peut présenter très vite des limites.
Donc non, je n’étais pas bien emballé par 9-1-1, quand bien même la série proposait de suivre des pompiers, profession plutôt sous-représentée par rapport aux flics et autres “Experts”.

Finalement, trois saisons (et une quatrième en cours) plus tard, difficile de ne pas chanter les louanges de 9-1-1, du spectacle qu’il propose et surtout de son panel de personnages diversifiés et attachants.

Créateurs : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear

Casting : Angela Bassett, Peter Krause, Jennifer Love Hewitt

Synopsis : Du service d'appels d'urgences 911 aux pompiers, secouristes ou policiers, tous ces intervenants sont constamment sous pression, confrontés quotidiennement à des situations stupéfiantes, effrayantes, et parfois même choquantes. S'ils ont pour mission de voler au secours des personnes en danger, ces héros de l'ombre doivent aussi trouver le temps de résoudre les problèmes de leurs propres vies.

Plateforme : Disney+

TW/CW : Sang, mort, mutilations, catastrophes, suicide, violences conjugales, harcèlement scolaire, chirurgie, racisme, addictions, harcèlement sexuel, meurtre.

Le concept de 9-1-1 est très simple : nous suivons une caserne de pompier’es, des standardistes du 911 ainsi que des policier’es de Los Angeles, dans leurs interventions et leurs propres urgences du quotidien. C’est bien là le propos de toute la série : ces héro’ïnes du quotidien, qu’iels traversent les flammes sans hésiter ou nous rassurent au téléphone en cas d’accident, ont leurs propres démons et sont bien peu face à ceux-ci. Si au début nous pouvons penser qu’il va s’agir de quelconques situations dramatiques dignes des pires séries françaises, on se rend finalement très vite compte que chacune de ces trames narratives est traitée avec subtilité et deviennent très vite bouleversantes, compte tenu de l’attachement que nous avons très vite pour les personnages.

La série opère une savante alternance entre passages d’intervention des profesionnel’les, et passages d’urgence de la vie privée. Les créateurs de 9-1-1 ont d’ailleurs le choix judicieux de ne pas cantonner chaque épisode à une seule intervention (hormis certains épisodes spéciaux). À la place nous suivons entre deux et trois situations très différentes les unes des autres mais toujours raccord à la thématique de l’épisode. Ceci permet deux choses : premièrement, on ne s’ennuie jamais. Ce qui, avouons-le, est plutôt salutaire. Vous aimez vous ennuyer vous ? Laissez un commentaire si vous aimez vous ennuyer. Deuxièmement, la série est ainsi plus raccord avec la réalité : le travail des pompiers s’arrête à la porte de l’hôpital, et rares sont les interventions durant une journée entière. Ce rythme soutenu est renforcé par la collaboration entre les différents services : il est rare qu’un épisode se concentre uniquement sur les pompier’es ou le centre d’appel. Et cela vaut également pour les scènes de vie privée, la série ayant tissé une grande toile de relation, se renforçant d’épisodes en épisodes, entre tous ces personnages à la fois collègues et ami’es. Avec un tel rythme et autant de cas à traiter dans chaque épisode, 9-1-1 aurait pu très vite tomber dans le grotesque mais échappe finalement à ce piège. Chaque urgence, bien que parfois très impressionnante, reste crédible, donnant ainsi une dimension bien palpable aux cas traités. Les rares fois où le show manque de crédibilité sont à mettre sur le compte du montage tenant parfois plus du charcutage que de l’art.

Cette diversité d’intervention permet de toujours confronter les personnages à leurs propres questionnements et démontre l’importance pour n’importe quelle personne travaillant auprès du public de réussir à ne pas se laisser submerger, sans pour autant se fermer entièrement. Évidement, ayant travaillé dans la protection de l’enfance, puis dans l’éducation, ce sujet m’a particulièrement marqué. D’autant plus que 9-1-1 l’aborde avec délicatesse. De manière générale, rien dans le show n’est fait avec misérabilisme alors que cette faille pourrait pourtant se présenter si vite. Pourtant, rares sont les épisodes qui nous laissent indifférent’es. Il arrive même parfois d’avoir le plus grand mal à retenir ses larmes. Mais c’est grâce à la grande réussite de la série : les personnages.

Puisque le but de 9-1-1 est de donner de l’humanité à ces personnes que l'on considère souvent (à tort) comme des super-héro’ïnes, les personnages ont chacun’e reçu un taux d’humanité qui crève le plafond. La série réussit même l’exploit de n’avoir aucun’e protagoniste insupportable. C’était pourtant ce que je craignais dans le pilote avec notamment Buck mais il n’en n’était rien : ce sont simplement des personnes avec des failles et qui apprennent à les surmonter tout comme iels ont intégré en eux leurs pratiques de profesionnel’les. Cette affection que nous éprouvons pour l’équipe n’est pas étrangère au casting de qualité, Angela Bassett en tête, tout bonnement impériale dans le rôle d’Athena, la policière qui est là pour mâcher du chewing-gum et botter des fesses.
C’est bien simple : aucun personnage n’est laissé de côté. Ce qui nous met dans la terrible situation de ne jamais pouvoir nous dire “C’est bon, lui je m’en fout, il peut lui arriver n’importe quoi, ça ne me fera rien.” Chacun’e va développer une relation forte avec d’autres membres du groupe, à l’image de Buck et Eddie qui, à mon grand regret, n’en sont toujours pas au stade d’amants, mais ont au moins construit une amitié touchante loin de tout rapport de virilité toxique, avec le fils d’Eddie, Christopher, au centre de leur affection.
En réalité, absolument tous les protagonistes de 9-1-1 sont des labradors : gentil’les, fidèles, parfois en manque d’affection, ce qui serait facile à résoudre car iels ont usuellement de grands yeux qui donneraient envie de tout lâcher pour s’en occuper.

Papa labrador lâche son plus beau sourire.

En outre, ces personnages bénéficient de l’attachement de Ryan Murphy à inclure un maximum de représentation, sans jamais tomber dans ce qu’on peut qualifier de “diversité marketing”. (Mais si vous savez, toutes ces productions qui nous proposent des personnages racisé’es qui ne seront jamais développé’es et qui n’ont qu’une ligne de dialogue…) C’est une habitude chez le créateur de la série : se servir de cette représentation pour amener nombre de thèmes d’actualité et si importants pour nombre de spectateurices.
C’est ainsi que la série va aborder ce que c’est qu’être une femme noire et lesbienne chez les pompiers, être une femme noire au sein d’une police raciste et violente, être une standardiste du 911 tout en gérant sa mère atteinte d’Alzheimer, échapper à son passé de femme battue tout en accompagnant les personnes en situation d’urgence… Tout ceci donne de la profondeur à ces personnages, iels ont une réalité très palpable.

Après trois saisons qui nous ont permis de nous attacher fortement à cette équipe, il est encore plus bouleversant de les voir tenter de tenir le coup dans une saison 4 marquée par le Covid. Là encore 9-1-1 aborde ce contexte avec intelligence. Tout d’abord en saisissant l’occasion pour rappeler l’importance des gestes barrière, toujours avec subtilité. Mais aussi et surtout pour explorer des thèmes nouveaux comme la peur de donner bientôt naissance dans ce contexte sanitaire angoissant.
Beaucoup de séries et de films ont ou vont prendre ce tournant thématique imposé par le Covid et j’espère que ce sera souvent fait avec la subtilité de 9-1-1. Car cela revêt une importance capitale : la catharsis. Nous avons tous’tes souffert de cette pandémie, nous en souffrons toujours et ne voyons toujours pas le bout du tunnel. Voir des personnages auxquel’les nous tenons traverser les mêmes difficultés et questionnements est d’une importance capitale car nous pouvons ensuite facilement mettre des mots sur nos maux : nous pouvons discuter des épisodes et des épreuves qu’ont traversées nos héros. Dans un contexte où l’accès aux soins psychologiques est plus que compliqué, ce genre de catharsis culturelle n’est pas anodin.

Contrairement à ce que j’attendais au premier abord, 9-1-1 s’avère être une des meilleures séries policières et médicales de ces dernières années et je regrette de ne pas en avoir entendu parler plus tôt. Malgré la gravité des situations abordées, la série arrive à faire beaucoup de bien au moral car elle met l’accent sur la bienveillance de ses personnages, notamment vis à vis de leurs propres failles.
Oui, vous serez souvent bouleversé devant un épisode. Mais vous ne le regretterez jamais.

Pemf

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