Heros Politicus #2 : Le MCU face au Colonialisme – Partie 1 : Guardians of the Galaxy Vol. 2

Parler de l’histoire coloniale via des films de super-héros ? Jusqu’à récemment, la chose semblait ardue, le genre étant cantonné à une scène blockbuster-esque qui, le plus souvent, prône la consensualité. Ceci semblait encore plus fou quand il s’agit de Marvel Studio qui, en tant que souverain du box-office, n’est pas vraiment la firme à laquelle on penserait quand il s’agit de diffuser un discours anti-impérialisme. Pourtant, c’est ce qui est advenu il y a peu. Bien évidemment, on pense en premier lieu à Black Panther puisque son matériau de base a été construit pour amener une imagerie puissante du super-héros noir et pour imaginer ce que serait un pays africain n’ayant pas subi la domination coloniale. De fait, la sortie de l’adaptation cinématographique des aventures de la Panthère Noire a eu un impact indéniable sur Hollywood. Mais en réalité, Black Panther est le troisième film de ce que l’on pourrait appeler la “trilogie post-coloniale” du Marvel Cinematic Universe. En effet, deux autres films traitent de cette question : Guardians of the Galaxy Vol. 2 et Thor: Ragnarok.
Dans le précédent Heros Politicus, nous avions analysé le MCU se pliant à la volonté gouvernementale, donnant lieu au mieux à un maintien du statu quo, au pire à des pamphlets en faveurs de l’appareil guerrier américain. Aujourd’hui nous partons à la rencontre du phénomène inverse : des films de cet univers sortant des sentiers battus pour traiter de l’histoire coloniale.
Les trois prochains articles s’arrêteront donc chacun sur un de ces films, dans l’ordre chronologique de leur apparition. Le but n’est pas d’expliquer avec quelle justesse le colonialisme est traité dans ces œuvres, des personnes bien plus compétentes et concernées plus directement l’ont déjà fait et je vous invite à explorer le web pour découvrir leur travail. Le but ici est de donner quelques clés d’analyse pour relever la présence de ce thème au sein du récit et comprendre en quoi cette trilogie est particulière au sein du MCU et du genre super-héroïque.

Débutons donc cette analyse avec Guardians of the Galaxy, Vol. 2.

Ego : incarnation de l’oppression colonialiste

Pour commencer, rappelons les principaux enjeux du second volet des aventures de cette équipe pas très Charlie.
Le grand méchant, Ego “The Living Planet”, est un Celestial : un être quasi-parfait (comme Ryan Gosling). Partant à la recherche d’autres formes de vie similaires à la sienne, il découvre que l’univers est divers, complexe et fort peu parfait (contrairement à Ryan Gosling). Pour lui cela veut dire qu’une mission lui incombe : celle de perfectionner la vie. Pour cela il part semer ses petites graines sur les différentes planètes qu’il explore mais aussi dans une autochtone de chacune d’elles. Son but est de terraformer ces planètes à son image, tout en espérant qu’une de ses progénitures finisse par être aussi parfait que lui. Mais son plan est contrecarré par nos héros : un groupe d’êtres sacrément imparfaits, pour la plupart brisés, qui arrivent à travailler ensemble une fois qu’ils ont cherché à comprendre les blessures de chacun et à s’y adapter.
On retrouve les motivations du colonialisme dans le personnage d’Ego : il s’agit de ravager un territoire pour le reformer à l’image de son petit monde culturellement et religieusement hégémonique à cause d’une incapacité à comprendre et à accepter la diversité et d’une conviction que le système qu’on connaît est le seul valable. Ce n’est pas pour rien que la forme “humaine” d’Ego est un homme blanc. Même la logique capitaliste n’a pas été oubliée dans la construction de ce personnage : lorsqu’il se rend compte qu’il tombe amoureux de Meredith Quill, plutôt que de céder à l’amour et à l’empathie qui auraient pu lui apporter l’acceptation de l’autre, il décide de la tuer pour couper tout lien émotionnel et rester sur les bons rails de son plan impérialiste. Pour lui, seules l’efficacité et la “perfection” comptent, tout ce qui déborde d’un millimètre doit être éliminé.

Destinée manifeste

Ego est persuadé d’être dans son bon droit naturel puisque cela découlerait de sa supériorité, de son statut quasi-divin. On retrouve là un parallèle avec le concept de Destinée Manifeste : l’idéologie ayant motivé les États-Unis à exercer leur politique impérialiste en raison d’une sorte de responsabilité divine d’étendre leur civilisation vers l’Ouest. Théorisée en 1845 par le journaliste John O’Sullivan, la “destinée” de la nation américaine serait d’implanter sa civilisation sur tout le territoire nord-américain car elle serait une version améliorée, supérieure, de la civilisation européenne. Ainsi, l’expansion des frontières américaine de 60% en même pas 5 ans a été perçue comme la confirmation du caractère inexorable de la suprématie des USA. Par ailleurs, à force de ré-interprétations, le concept a fini par inspirer en partie celui du Lebensraum nazi.
Bien évidemment, la colonisation exercée par l’Europe a également été souvent motivée par quelques missions soi-disant divines. Mais ici, l’œuvre étant produite dans le pays de l’Oncle Sam, c’est ce concept de Destinée Manifeste qui a dû principalement influencer la construction du personnage. Elle a d’ailleurs influencé nombre de productions américaines, que ce soit pour la valider (dans le Western par exemple) ou, bien moins souvent, pour la dénoncer comme dans les quelques films critiquant l’intervention au Viêtnam ou apparaissant après le scandale du Watergate.

Vaincre l’impérialisme par l’empathie

Le concept des gardiens de la galaxie est simple : il s’agit d’êtres imparfaits, parfois critiquables, ayant pour la plupart subi une forme de maltraitance ou de violence pendant leur enfance (un sujet qui touche personnellement James Gunn, le réalisateur), et qui tentent de guérir en abattant les barrières émotionnelles qui les coupent de la compréhension de l’autre. On le retrouve dans l’agressivité de Rocket, la relation entre Gamora et Nebula, le passé de Yondu, l’insécurité affective de Peter, etc.
Ainsi, lorsque les protagonistes réussissent, chacun à leur manière, à dépasser leurs barrières émotionnelles afin de mieux comprendre autrui, ils finissent par éprouver l’empathie nécessaire au bon fonctionnement de leur équipe. C’est par l’ouverture aux autres et l’acceptation de leurs individualités respectives qu’ils arrivent à vaincre Ego. C’est l’obsession de ce dernier à refuser toute autre forme de vie, de perspectives différentes, qui le conduit à sa perte. Il s’est empêtré dans sa peur de ne pas trouver un autre être à son image, révélant ainsi son point faible : sans son fils, ses pouvoirs ont une limite. Ainsi, Ego ne peut comprendre que son existence est possible avec d’autres êtres imparfaits, chose que Peter embrasse entièrement dans la bataille finale.
Ce héros apporte le dernier message du film : les mécanismes d’oppression n’existent qu’à partir du moment où il subsiste quelqu’un pour les perpétuer. Star Lord finit par refuser l’héritage de son père car il a pris conscience de la force que représentait le fait d’accepter l'altérité hétérogène. Il accepte l’amour de ses compagnons : un amour imparfait, parfois chancelant mais toujours sincère. À partir du moment où les Gardiens s’acceptent et se pardonnent, l’égocentrisme impérialiste d’Ego n’a plus aucun pouvoir. Il finit par disparaître tout simplement, n’ayant plus personne pour prendre le relais de son entreprise colonialiste.

Ce qui fait sans aucun doute la force du MCU est l’humanité profonde qui traverse ses personnages. Les Gardiens de la Galaxie en sont le parfait exemple et cette thématique profondément politique apportée avec ce deuxième opus renforce l’intérêt que l’on peut porter à ce film qui semble pourtant plus bancal au premier abord que son prédécesseur. Bien qu'Ego ne soit pas le méchant le plus réussi, il présente une construction allégorique très intéressante que l’on voit rarement dans un blockbuster de ce type.
Par-dessus tout, Guardians of the Galaxy Vol. 2 reste l’un des projets les plus personnels de cet univers et traduit le mode de pensée d’un réalisateur au parcours de vie tortueux mais sincère dans sa vision et sa quête d’un amour familial basé sur l’empathie et l’acceptation des failles de l’autre.

Cette première partie est à présent terminée et je vous donne rendez-vous dans la prochaine partie de ce Heros Politicus consacré au colonialisme dans le MCU.
Cultivez-vous !

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Partie 2 : Thor: Ragnarok (à paraître)
Partie 3 : Black Panther (à paraître)

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Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Également responsable de publication et community manager, parce que sinon je m'ennuie.
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