[Cinéma] Snowden – L’avis rapide

409250-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxRéalisateur : Oliver Stone

Casting : Joseph Gordon-Levitt, Sheilene Woodley, Nicolas Cage mon amour

Nationalité : Américain, Allemand, Français

Genre : Thriller Biopic

Synopsis : Patriote idéaliste et enthousiaste, Edward Snowden semble réaliser son rêve quand il rejoint les équipes de la CIA puis de la NSA. Il découvre alors au cœur des Services de Renseignements américains l'ampleur insoupçonnée de la cyber-surveillance. Violant la Constitution, soutenue par de grandes entreprises, la NSA collecte des montagnes de données et piste toutes les formes de télécommunications à un niveau planétaire. Choqué par cette intrusion dans nos vies privées, Snowden décide de rassembler des preuves et de tout divulguer. Devenu lanceur d'alerte, il sacrifie sa liberté et sa vie privée.

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L’année dernière, nous avions pu profiter de l’excellent documentaire Citizenfour qui retraçait en temps réel les révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden. Du premier contact avec la documentariste Laura Poitras au lancement des dénonciations, le documentaire était un vrai thriller politique porté par un montage saisissant. Mais il souffrait de deux problèmes : un manque de recul (inhérent au format «sur le vif») mais surtout un manque d’accessibilité pour ceux et celles qui n’y connaissaient pas grand chose.
Nous savions déjà à l’époque qu’un autre film devait sortir en 2016 : Snowden, biopic réalisé cette fois-ci par nul autre qu'Oliver Stone (JFK, Platoon, L’Enfer du Dimanche). Une interrogation s’est alors posée : qu’est-ce que Snowden va apporter de plus par rapport à Citizenfour ? Va-t-il réussir à prendre plus de recul et à être plus accessible ? 
On va voir ça tout de suite !

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Pour contextualiser un poil plus, il faut savoir que Snowden est basé sur les livres The Snowden Files : The Inside Story of the World’s Most Wanted Man de Luke Harding et Time of the Octopus de Anatoly Kucherena, l’avocat du principal concerné. C’est d’ailleurs Kucherena qui a contacté le producteur Moritz Borman pour l’informer de son envie de collaborer avec Oliver Stone qui a donc pu rencontrer Edward Snowden.
Maintenant que les bases sont posées, on peut s’intéresser au film en lui-même. Véritable hors-champ de Citizenfour, Snowden nous en dit plus sur la personnalité du lanceur d’alerte, sur sa vie privée et sur sa relation avec Lindsay Mills (Sheilene Woodley qui fait bien de sortir de Divergente par moments). Pas de doute, Oliver Stone renoue avec ce qui faisait son statut si particulier de cinéaste qui décortique les USA contemporains. Il faut dire que le sujet n’est pas simple encore aujourd’hui, tant il divise le pays à coups de débats stériles emplis d’une hypocrisie qui caractérise parfaitement cette société. Le cinéaste a réussi à nous pondre un très bon thriller politique qui arrive à nous tenir en haleine, quand bien même on connaît déjà l’histoire de ce petit gars qui a chamboulé l’Histoire. Sa mise-en-scène est solide et nous fait partager les moments d’angoisse du protagoniste. Il faut d’ailleurs souligner l’excellente performance de Joseph Gordon-Levitt qui a sûrement bossé longuement pour s’approprier la posture et l’accent de Snowden. Une autre bonne surprise est l’intérêt qui est mis sur la relation entre Ed et Lindsay. On pouvait redouter avant le visionnage que le film ne laisse que peu de place à cette dernière, mais elle a en réalité un vrai rôle moteur et une place de choix (bien qu’elle souffre par moment d’un traitement de potiche). Le couple est extrêmement attachant et amène un des grands points positifs du film : le basculement de Snowden d’une position de patriote droitard à un mec qui aime toujours son pays mais remet en cause tous ses fondements. On est amené à peser le pour et le contre : un État de droit est-il compatible avec les aspirations contemporaines de sécurité ? Est-ce que cette crainte du terrorisme n’est pas juste un prétexte à une volonté de contrôle total des sphères économiques et sociales ? C’est un travail réflexif inhérent à tout film historique mais qui a ausi déterminé la démarche du lanceur d’alerte : il ne s’agit pas juste de tout foutre en l’air pour créer un joyeux foutoir, le but est de lancer le débat, que chacun.e se demande si on veut vraiment renier nos droits fondamentaux pour une sécurité totale.

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Il est temps de répondre aux questions soulevées précédemment. Premièrement oui le film fait l’effort d’être accessible aux non-initié.es, il y a un vrai travail de vulgarisation qui n’avait pas été fait (en toute logique encore une fois) dans Citizenfour. En revanche pour ce qui est du problème de la prise de recul et bien force est de constater que Stone a réussi à en prendre encore moins. Il iconise de manière outrancière Snowden à l’aide d’artifices surfaits et pas nécessaires. C’en est tel que le film devient bien moins fin par moments et c’est extrêmement dommageable. Certains questionnements ne sont pas résolus. Par exemple pourquoi a-t-il attendu 2013 pour révéler des choses qu’il savait depuis fort longtemps ? Si tout le principe du film est de peser le pour et le contre alors il est complètement biaisé à partir du moment où on tombe dans cet écueil de sur-iconisation. Il ne faut pas glorifier l’homme mais le principe des lanceurs d’alertes et les aspirations à reprendre le contrôle des systèmes qui ont trahi la confiance des populations. Pas besoin de faire de Ed un super-héros, surtout si c’est avec des effets aussi grossiers, il faut rendre hommage à sa démarche.

Néanmoins, Snowden reste un film d’une excellente facture (même s'il n'arrive pas à reproduire la perfection de JFK) mais surtout un film important, malgré le fait qu’il reste un hors-champ de Citizenfour. Donc oui, je le conseille fortement, surtout pour les personnes qui se cachent encore derrière des œillères taille XXL.
Face à ceux qui veulent nous déposséder de nos droits les plus importants, plus que jamais, cultivez-vous !

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Article corrigé par Koukarus

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Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Également responsable de publication et community manager, parce que sinon je m'ennuie.
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