[Cinéma] La Planète au Trésor – “Un nouvel univers” vite perdu

Parfois, les titres français ont autant de sens que ce qu’il se passe dans la tête de Arielle Dombasle. Mais il faut aussi reconnaître lorsqu’ils sont plutôt bien trouvés et c’est le cas pour Treasure Planet, traduit en La Planète au Trésor : un nouvel univers. Ce nouvel univers, il devait être un nouvel âge pour Disney mais le sort en a décidé autrement et ces espoirs d’exploration de nouveaux horizons pour la firme se sont envolés avec ce qui est l’un de ses pires échecs commerciaux. 
Pourtant, La Planète au Trésor est resté ancré dans l’esprit de certains (dont votre serviteur) comme l’un des meilleurs films d’animation Disney. 

Réalisateurs : Ron Clements & John Musker

Casting : Joseph Gordon-Levitt, Emma Thompson, Brian Murray

Genre : Animation, Aventure, SF

Synopsis : Jim Hawkins, un garçon de quinze ans, vit avec sa mère dans une ville portuaire. Un jour, il tombe sur un homme gravement blessé, mais il ne peut le sauver d'une mort certaine. L'homme, du nom de Billy Bones, lui remet un orbe précieux qui contient une carte menant à un fabuleux trésor de pirates. Le Dr Doppler organise rapidement une expédition à bord du RLS Legacy, un magnifique galion de l'espace. Jim entreprend ce voyage comme mousse. Grâce aux conseils bienveillants de John Silver, le charismatique cyborg cuisiner du navire, le jeune garçon devient un talentueux navigateur. Il affronte, avec les autres membres de l'équipage, les supernovas, les trous noirs et les terribles tempêtes du cosmos. Mais il découvre bientôt que son vieil ami Silver est en fait un pirate complotant une mutinerie.

TW/CW : Mort

 

La proposition est alléchante : un space opera steampunk où les vaisseaux spatiaux sont des galions de la grande époque de la piraterie, des extraterrestres très diverses (sauf le héros parce qu’après tout, on peut s’attacher qu’à un mec blanc, c’est bien connu), un immense port spatial niché dans un croissant de lune et une planète abritant un trésor légendaire. Avec ce film, Ron Clements et John Musker ont voulu prendre un virage à 180° dans le sillon creusé par Disney. C’est le film de leurs rêves, celui pour lequel ils ont dû patienter une décennie entière et passer par Basil Détective Privé, La Petite Sirène, Hercule et Aladdin afin de faire leurs preuves. Heureusement, cette longue attente a permis aux technologies d’animation de se développer suffisamment afin de pouvoir concrétiser au mieux leurs ambitions spatiales. Si la proposition de science-fiction est alléchante, le rendu visuel se place dans ce que le studio a fait de mieux jusqu’à aujourd’hui. 
L’univers est chaleureux, vivant, grouillant de détails en tout genre. Les scènes dans l’auberge familiale donne l’envie de s’y installer, de même que tout ce qui se déroule dans le vide spatial : loin d’être froid et vide, tout y est teinté d’un léger violet et animé par le mouvement des objets célestes et de la faune que l’on peut y trouver. Les créateurs se sont imposé une règle des “70/30” (que Andy Gaskill attribue à Ron Clements) : 70% d’éléments traditionnels, 30% de science-fiction. Une règle qui permet donc de garder une forme de réalisme à cet univers, un peu comme si la conquête spatiale avait débutée au 18e siècle. C’est un univers vivant, presque palpable, peu nous en a été présenté et pourtant tout y est tangible. 
Pour donner vie à ces sublimes décors, les créateurs ont fait le choix d’un mélange entre animation traditionnel et recours à la technologie Deep Canvas, inaugurée avec Tarzan, permettant de créer des objets 3D que les artistes peuvent ensuite dessiner et dans lesquels les personnages 2D sont insérés. Clements et Musker souhaitaient créer des mouvements de caméra “à la Spielberg ou Cameron” afin d’obtenir la meilleure fluidité possible et donner le plus d’informations possibles. Pour cela, leur procédé créatif a notamment nécessité la création de décors à 360° afin que la caméra puisse ensuite évoluer librement en leurs seins. C’est ainsi que des scènes comme l’arrivée au spatioport ont pu être réalisables. 
Le duo de réalisateur souhaitait rendre le film aussi excitant pour les enfants que le livre l’a été pour ceux de son époque. Le pari doit être plutôt réussi si, 18 ans après mon premier visionnage, j’ai envie de continuer à en parler dans un article. 

Si l’univers peut faire frétiller les fans de SF, telles de petites fritures qui auraient reçues pile ce qu’il faut d’huile d’olive pour qu’elles ne soient pas imbibées de gras (et je ne sais pas où je vais avec cette analogie), La Planète au trésor est également remarquable pour ses personnages et son histoire. 
À mon sens, si le film a autant marqué les esprits de certains fans, c’est principalement grâce aux personnages de Jim Hawkins et John Silver, ainsi qu’à leur relation. Jim est sans doute l’un des personnages principaux les plus intéressants de la firme qui s’aventure encore trop rarement en dehors des sentiers des protagonistes biens sous tous rapports, toujours vertueux, sans aucune tâche à leur dossier. Ici nous suivons un ado serviable, investi et capable d’empathie, mais aussi délinquant par moment (toute proportion gardée), ronchon et solitaire. Il souhaite faire ses preuves et attend uniquement qu’on lui accorde la confiance qu’il mérite, afin qu’il dépasse les traumatismes de son enfance. Avec Jim, Disney arrive à s’adresser à des jeunes qui ont vécu des problématiques similaires, à ceux qui attendent que les adultes aient foi en eux et qui ont des difficulté à exprimer ce qu’ils ressentent. Pour un personnage masculin, c’est rare, encore aujourd’hui hélas. 
John Silver, de son côté, est un miroir de Jim : une version adulte qui a fait les erreurs de parcours fatales et qui l’ont mené à la situation qu’il veut faire éviter à l’ado. C’est un homme brisé, qui n’a pas la possibilité de montrer la moindre faiblesse car il a conscience que ce serait utilisé contre lui. Pendant tout le film on ressent parfaitement (grâce à l’animation qui le rend si humain) à quel point il est tiraillé entre sa volonté de protéger Jim, de l’aider à grandir, et sa propre quête qu’il pourchasse depuis des années. Leur relation de mentor/élève est, encore aujourd’hui, rarement égalée. Elle est inscrite dans le marbre par cette scène-clip magnifique sur I’m Steel Here (pauvrement traduite en français avec David Halliday) qui témoigne en premier lieu de ce que ressent Jim mais peut très bien être retranscrite à John tout en illustrant leur relation. 

Un film inventif, beau, avec des personnages touchants… Mais il y a des tâches au tableau et elles expliquent en partie l’échec du film. 
La Planète au Trésor ne sait pas où se positionner. Si son univers fait de piraterie, de trahison et d’exploration peut paraître parfois sombre, en témoigne le sort de Mr. Arrow, la formule Disney a fait qu’il fallait contrebalancer tout cela avec plus de légèreté et d’humour. Le film peut donc paraître trop sérieux pour les plus jeunes, et les adultes doivent supporter B.E.N. le robot intenable, un humour qui ne peut pas être aussi méta que dans Aladdin ou Hercule, ou encore un alien qui parle… en pétant… De même, il faut faire une croix sur de possibles personnages féminins travaillés. La Capitaine Amelia est, certes, très classe mais n’a pas vraiment l’occasion de briller, tandis que la mère de Jim est tout simplement invisible. Au moins elle est vivante, bravo Disney… Enfin, comme le relève Nicolas Bardot dans sa critique du film, il manque beaucoup de profondeur au côté mystérieux que nous pouvions trouver dans le roman de Stevenson, l’exploration de ladite planète au trésor étant très limitée par la nécessité de ne pas dépasser les 1h30 réglementaires. Similairement, la tension dramatique tombe parfois en panne, notamment dans les moments supposément tristes alors que, ne nous mentons pas, Disney nous a habitué à pleurer à chaudes larmes.
En plus de ces failles internes à l’œuvre, les divers contextes de sortie ont fini par achever tout espoir de succès pour La Planète Au Trésor. Comment espérer un succès pour un film qui sort en même que le deuxième volet des aventures d’Harry Potter et qu’un nouveau James Bond (Meurs un Autre jour) ? Même un succès aux Oscar n’a pas pu être compté puisque cette fois-ci c’est Le Voyage de Chihiro qui, a juste titre, l’a emporté. Tous ces facteurs ont fait que ce projet ambitieux à 140 millions de dollars, n’en a rapporté que 109 dans le monde : l’un des pires échecs pour Disney, annulant par là même la suite qui était envisagée avant les résultats du box-office. (Et c’était très prometteur !)

La Planète au Trésor était effectivement “un nouvel espoir”, celui amorcé avec Atlantide, L’Empire perdu de dessins-animés ambitieux portés sur l’aventure, des univers passionnants et des visuels magnifiques. Au lieu de cela, le film a sonné le glas pour l’animation 2D et les mondes SF-Steampunk. Pas la peine non plus d’espérer un remake live de ce film, la firme préférant recycler ses grands succès plutôt que de donner une seconde chance à cette période riche et inventive. 
Pour ma part, La Planète au Trésor reste mon chouchou, pas seulement pour la nostalgie, mais aussi parce que c’était un projet risqué, fantastique et qu’il réussit toujours à me faire vibrer. 
Cultivez-vous ! 

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Article corrigé par Mahikan

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