[Interview] Dari – L’archéologue et l’Archéologie

Bonjour à toutes et à tous,
Nous nous retrouvons à nouveau avec Dari,  de la chaîne Temps Mort, pour la seconde partie de notre interview. Tandis que nous nous étions penchés dans la première partie sur son parcours sur Youtube, aujourd'hui nous nous intéresserons plus particulièrement à son parcours en tant qu'archéologue ainsi qu'à la situation plus globale de la discipline archéologique en France.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de pratiquer l’archéologie ? Concernant ta formation, es-tu un autodidacte ou as-tu suivi un parcours universitaire et si oui lequel ?
L’archéologie ? C’est un peu du bol. Je suis entré en fac d’Histoire après un bac Sciences et Technologie de Laboratoire, donc on est très loin du littéraire, et j’ai clairement galéré les premières années. Malgré tout, ces échecs m’ont permis de tester à peu près toutes les options de la fac en première année de licence d’histoire. C’est comme ça que je me suis retrouvé en archéo, sur mon premier chantier “découverte” et c’était plutôt cool. J’ai validé une petit licence d’histoire parcours archéologie à Caen avant de me pointer à l’université de Lausanne en master d’histoire et d’archéologie et j’ai fait à côté de ça quelques chantiers en préventif en Suisse romande. Tous les étés j’allais sur le meilleur chantier du monde à Sainte-Marie-Aux-Mines avec l’Association Spéléologique pour l’Etude et la Protection des Ancienne Mines (ASEPAM pour les intimes) et ça m’a permis d'affiner ma spé en archéo souterraine. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 8 ans, je ne fouille pas cet été par souci d’emploi du temps et c’est pas mal rude pour le moral. Sinon, niveau formation, je me suis relancé dans un master Métiers de l'Éducation de l’Enseignement et de la Formation, pour avoir le bagage pédagogique nécessaire à obtenir un concours d’enseignement en histoire/géographie dans le secondaire, d’ici quelques temps j’espère.

À gauche, le fantasme, à droite, la réalité.

 

Comment définirais-tu l’Archéologie et le métier d’archéologue ? Idem avec l’Histoire et le métier d’historien ?
L'histoire et l'archéologie sont les deux doigts d'une même main (je laisse volontairement les trois autres doigts de côté parce que sinon ça va être le merdier admettons-le) qui forment l'étude du passé. La première discipline historique se base sur les textes, les archives et la mise en commun de nombreuses heures d'études, alors que l'autre étudie les archives du sol pour réutiliser cette expression consacrée. Dans les deux cas on a des informations, sur papier, ou dans le sol, mais la différence c'est qu'en archéo, c'est comme si nous prenions un document d'archive et que pour le lire il faudrait le brûler. À partir de là c'est assez facile à comprendre, si on n'arrive pas à lire le latin et qu'on prend un document en latin, on le survole, on voit qu'on ne le comprend pas, on le repose et le prochain pourra le lire. En archéo, si on ne sait pas lire un site de préparation du minerais et qu'on passe au travers sans noter tout ce qu'on croise, et bien l'information sera perdue pour l'éternité. Donc pour comparer les deux, l'archéologie c'est comme lire un document d'archive et le recopier en même temps qu'on le lit, et parfois, sous la flotte, dans la boue, sous un soleil de plomb... Les joies du plein air en définitive.

Donc concernant l'historien, il est souvent universitaire d'un niveau minimum bac +5 il a sa période de prédilection, ses spécialités, et il va passer des années à déchiffrer, transcrire, traduire, ou juste lire des documents historiques sur son sujet d'étude, pour ensuite juger de l'objectivité de l'auteur sur lequel il est en train de bosser, pour finalement dresser un portrait le plus neutre possible des périodes, ou du domaines, traités.

L'archéologue lui est un peu plus complexe à définir, car le job va du technicien de fouilles parfois n'ayant qu'un bac et beaucoup d'expérience de terrain, au responsable d'opération, qui est en général doctorant ou pouvant justifier de ses compétences après des années de terrain. Il y a deux type d'archéologie, la programmée et la préventive, la première faisant appel à beaucoup de bénévoles et se déroulant lors des saisons les plus sèches possible (avril à septembre) sur un ou deux mois par an, l'autre utilisant plutôt des salariés et fouillant avant des chantiers pour étudier les sites avant destruction par les aménageurs.

Extrait d'un rapport de fouilles, Fluck P., Gauthier J. & Bohly B. (2013) – Mines et métallurgie des non-ferreux en Alsace, du haut Moyen Âge au XVIe siècle (Altenberg/Sainte-Marie-aux-Mines – Steinbach), rapport de fouille, pp.35-37, disponible ici.

J’aimerais rebondir sur ton analogie entre l’archéologie et la copie d’un document d’archive. Ca me fait penser à la situation des moines copistes du Moyen-Âge. Ils étaient chargés de retranscrire des textes et pour cela les recopiaient à la mains. Il leur arrivait aussi de modifier ces textes en pensant corriger un passage faux (tout en pouvant être totalement de bonne foi). Qu’est-ce que ça a à voir avec l’archéologie ? Et ben justement, y a-t-il une probabilité que l’on interprète mal ou que l’on déforme ce que l’on trouve (jusque dans les rapports de fouilles) ? Est-ce qu'aujourd'hui la méthodologie nous protège de ce genre de biais ? Au-delà de ça, dans tes vidéos tu critiques les détournements de l’Histoire qui ont eu lieu au XIXe et au XXe siècle pour servir une idéologie. Selon toi, est-ce que cette tendance est encore présente ou a-t-on réussi à dépasser les romans nationaux et autres mythes fondateurs ?
Il y a toujours une possibilité pour que l'on interprète mal un site oui. C'est le risque et c’est aussi pour ça que l'état protège des sites afin qu'ils ne soient pas fouillés avec nos technique actuelles, au cas où les archéologues du futur pourraient découvrir de nouvelles infos avec de meilleures méthodes. On pense souvent que les archéologues savent tout sur le site dès le premier coup de pioche, de pelle mécanique ou de truelle, mais la procédure est un peu plus complexe que ça. Tout ce que peut faire une archéologue c'est relever correctement l'information. Il y a une couche de terre qui est plus orange que le reste qui est marron ? On ne sait pas ce que c'est ? Alors on le note. On prend des photos, on tire des plans, on dresse des minutes de fouilles, on fait des prélèvements, on décrit ce qu'on trouve dans cette terre, on étudie la granulométrie... Comme on va devoir détruire cette information, si on n'a aucune idée de ce que c'est on est obligé de noter le plus d'info possible sur cette tache orangée. C'est comme ça sur tous les sites, parce qu'un jour on retrouvera peut être un élément de mobilier, un établi, un bac en bois, des outils, associés à cette couche orangée et en reprenant tous les autres rapports qui en font mention on pourra peut-être interpréter ces traces. Donc oui, la méthodologie nous protège de ce genre de biais et d'erreur, sauf dans le cas ou l'idéologie et la politique s'en mêlent (attention transition de qualité.)

La lettre de Guy Moquet dont il est question.

Aujourd'hui la politique est quand même un peu trop implantée dans l'Histoire, l'un se sert de l'autre en fonction des courants et des modes. Quand chez Les Républicains on veut relancer l'enseignement d'un roman national à l'école, quand Nicolas Sarkozy dit que dès qu'on est français on a des ancêtres gaulois (on remercie au passage cette volonté indépendantiste offerte à la Guyane, parce qu'on peut le comprendre comme « si j'ai pas d'ancêtres gaulois, je ne suis donc pas français, et bah je me casse du coup ») ou que le même monsieur Sarkozy impose la lecture de la lettre de Guy Moquet au lycée, comment ne pas parler de solubilité de l'Histoire dans l'idéologie ? Oui c’est triste des gamins de 17 ans fusillés par les militaires au service du troisième Reich, mais qu'est ce que ça apporte à l'époque d'en imposer la lecture à des lycéens entrants ? C'est ce que je reproche beaucoup à l’Éducation Nationale, on ne fait pas vraiment d'Histoire à l'école, mais on n'est que dans la mémorisation. Apprendre que des militaires allemands ont fusillé des mineurs, ça sert à quoi ? Est-ce qu'on ne met pas dans la tête des gosses que les allemands ça reste des méchants, nos voisins germaniques qui vivent déjà dans la culpabilité de la Shoah alors que notre génération n'y est pour rien. Obliger les gamins à se mettre à la place d'un petit gars de leur âge qui va se faire tuer sous l'occupation, sans leur permettre de comprendre pourquoi, sans leur expliquer que les militaires appliquaient les ordres, tout comme nos militaires français ont appliqué des ordres en Indochine ou en Algérie, c'est détruire la neutralité de l'enseignement d'Histoire, c'est planter les graines d'une haine qui n'attend qu'à se nourrir d'un contexte où France et Allemagne jouent des coudes en Europe. L'idéologie est toujours bien présente et les nationalistes, régionalistes et autres racistes de la première heure n'hésitent pas à se servir de l'Histoire, quitte à la détourner, pour asseoir leurs propos et leurs idées nauséabondes. Les historiens et archéologues, dans leur majorité, essaient de s'affranchir des croyances et de rester neutres, mais comme dans n'importe quel domaine, une fois publié, n'importe qui peut être cité, coupé, et manipulé pour lui faire dire ce qu'on veut.

Comment sont choisies les fouilles programmées qui auront lieu d’une année à l’autre ? Doivent-elles forcément être dirigées par un universitaire ou est-ce que c’est juste un très gros plus pour la crédibilité du projet ? De même, comment peut-on participer à des fouilles ? Est-ce que c’est à la portée du premier venu ou vaut-il mieux être un étudiant en licence d’archéo (il me semble que ça a été ton cas si je me réfère à ce que tu as dit un peu plus haut) ?
Les fouilles programmées sont autorisées par l'état. C'est le SRA, Service Régional de l'Archéologie, qui donne les autorisations aux structures. C'est toujours un archéologue qui est le responsable d'opération car les modalités d’obtention de permis de fouilles sont assez complexes. Tous les ans il faut faire une demande de fouilles archéologiques, pour cela il faut présenter un projet. En gros on préviens l'état, en lui demandant de l'argent, qu'on veut fouiller à l'endroit X sur une période de temps allant de Y à Z parce que sur ce secteur X les informations, archives, plans, topographies, prospections préalables (au sol, aériennes, géophysiques...) montrent qu'il y a quelque chose qui daterait probablement d'une époque E et dont il serait bon de faire une année de fouilles pour voir s'il y a réellement un site ou non. À la suite de cette année, il faut rendre un rapport à la région. En considérant que les fouilles soient tombées sur un site, il faut laisser le temps de l'identifier correctement et ensuite les archéologues ont le choix de le laisser pour les futurs archéologues ou de le fouiller. Cependant, pour le fouiller il faut se lancer dans un programme de recherches et surtout motiver ce choix. Si on demande à la région de l'argent pour fouiller les 170ème villa gallo romaine du département, l'état va nous dire « z'êtes bien gentil mais on les connais les villae chez nous donc on ne va pas vous financer », mais d'autres élément peuvent entrer en ligne de compte, si c’est un chantier école universitaire, allant de pair avec les finances de la section archéologie de la fac, la région peut autoriser les fouilles. Donc il faut motiver la demande, justifier les raisons qui font que fouiller ce site est intéressant pour la science, c'est assez politique de réussir à convaincre dans gens de vous filer des grosses sommes pour pouvoir bosser. Une fois que les autorisations sont obtenues, le ministère de la culture publie tous les chantiers de fouilles ouverts aux bénévoles. C'est là ou n'importe qui peut venir fouiller, que tu sois étudiant en archéo, ingénieur en astrophysique, musicien, ou charcutier boucher. Bien entendu ce sont les responsable d'opérations qui font la sélection, donc certains ne veulent que des étudiants de chez eux, d'autres ne prennent que des archéo ou des historiens, alors qu'un petit pool de gens cools acceptent tout le monde.C'est assez aléatoire mais pour gagner sa place il suffit d'être bien motivé et de tenter.

Emplacement de Sainte-Marie-aux-Mine, Haut-Rhin (68)

Intéressons-nous plus particulièrement aux fouilles à Sainte-Marie-Aux-Mines, que peut-on espérer trouver dans une mine et qu’avez-vous trouvé jusqu’à présent? De plus, quelle utilité y a-t-il pour la discipline à passer du temps et à dépenser de l’argent dans de “simples” mines alors que pas très loin par exemple, on trouve des tumulus mérovingiens (des tombes ensevelies sous un monticul de terre et où reposent des dirigeants qui ont vécu entre le Ve et le VIIIe siècle après J.C.) ? N’est-il pas plus judicieux de consacrer son temps à étudier les “grands” qui ont fait l’histoire plutôt que les “petits” qui ont passé leur vie sous une montagne ?

Concernant Sainte-Marie-Aux-Mines, il faut savoir qu'on est sur un programme de recherche qui a commencé il y a plus de 10 ans en continu, après avoir connu des chantiers étalés sur une à trois années de façon plus ponctuelle, mais on ne fouille pas que des mines. Le programme concerne l'histoire de la minéralométallurgie des métaux non ferreux du Moyen-Age sur une montagne, nommée l'Altenberg. Pour traduire le terme barbare, on étudie toutes les étapes de l'extraction du minerais jusqu'à sa fonte, sans réellement se pencher sur l'artisanat qui s'ensuit. Donc nous fouillons autant des mines, que des carreaux miniers (les zones juste devant les mines), que des ateliers de préparation ou de lavage de minerais, que des habitats ouvriers... Le domaine est réellement vaste et répond à une problématique qui semble importante pour les autorités scientifiques : Comment est extrait le minerais non ferreux à l'époque médiévale ? Concernant les époques modernes et contemporaines [En Histoire, l’époque Moderne commence à la fin du XIVe siècle et s’achève en 1789. L’époque contemporaine est celle qui vient ensuite et qui se termine de nos jours.], nous avons plein de textes mais les époques médiévales sont obscures, donc en fouillant nous découvrons, comment sont taillées les mines, avec quels outils, comment est trié, lavé, et préparé le minerais avant la fonte, comment s'organise le travail.

Intérieur de la mine St-Louis, dans l'Eisenthür, à Sainte-Marie-Aux-Mines.

Tu cites les tumulus protohistoriques mais justement, nous savons qu'ils sont là et nous savons à quoi ressemble un tumulus protohistorique. Comme les techniques archéologiques sont destructives actuellement (on doit détruire le site pour le comprendre) nous préférons attendre et laisser les sites protégés dans le sol jusqu'à ce que de nouvelles technologies nous permettent de découvrir de meilleures informations sur les sites enfouis. Pour les mines, et les autres choses des gens « simples » justement nous n'avons pas d'écrits, pas de récits et donc nous avons tout à apprendre dessus. C'est justement pour découvrir la vérité des faits que nous fouillons autant des cimetières que des habitats ou des ateliers de potiers.

Mea culpa, les tumulus sont effectivement protohistoriques et du coup beaucoup plus vieux que ce que j’ai pu dire. Ils ont vraisemblablement été édifiés entre le VIIIe et le Ve siècle avant J.C. Sinon, il me semble que dans ta vidéo « J’ai encore trouvé un Bourbalier », tu utilises l’image de la cathédrale pour parler de ces fouilles en particulier. Acceptes-tu de la re-développer ici ? De même, dans cette vidéo tu es très critique à l’égard des “détectologues”, les personnes qui recherchent des artefacts à l’aide de détecteur de métaux. Qu’est-ce que tu leur reproches principalement ?
L'image de la cathédrale, je dois dire que c'est une paraphrase de quelqu'un que j'idolâtre quasiment, Pierre Fluck qui est l'une des deux têtes scientifiques des chantiers de Sainte-Marie-Aux-Mines, oui c'est une dyarchie comme à Sparte. Un site archéologique c'est comme une cathédrale, plongée dans l'obscurité la plus totale. Un jour on arrive avec une chandelle et on la pose à la porte, l'année d'après on s'avance jusqu'à ce que la lumière faiblisse et on pose une nouvelle chandelle et ainsi de suite. Ce sont des petits bonds très lents qui font qu'au bout d'un moment on obtient une vue d'ensemble. Au début de nos étude, on voit une porte, puis on va arriver à un pilier, c'est une fois que sera éclairé l'orgue et les bancs qu'on pourra commencer à se dire qu'on se trouve dans une salle de concert mais en découvrant la chaire de nouvelles hypothèses se mettront en place. C'est ça aussi l'archéologie.

Les détectoristes c'est un sujet épineux pour l'Archéologie. À titre personnel, je n'ai rien contre des gens qui veulent jouer à retrouver des trésors, c'est un fantasme commun à beaucoup. Ce qui me gêne c'est que les utilisateurs des DàM (Détecteur à Métaux) n'ont absolument aucunes connaissances des attentes et des méthodes de l'archéologue. En archéologie, l'artefact importe relativement peu [On appelle artefact tout objet manufacturé par un humain]. C'est le contexte qui compte plus que tout. Prenons le cas d'une épée mérovingienne. Si un détectoriste passe au dessus d'une nécropole et s'en empare, il repart avec un bel objet, mais pour l'archéologue, savoir qu'il y avait une épée dans une tombe c'est moins important que de savoir comment était la tombe. En creusant pour sortir le métal, le détectoriste a détruit le contexte archéologique. Donc les archéologues passant après lui ne pourront probablement pas déterminer si le sujet [En archéologie, sujet est un synonyme de dépouille] a été enterré en pleine terre, ou dans un cercueil, était-il habillé ? Dans un Linceul ? L'épée était-elle posée à ses pieds ? Sur son buste ? À sa tête ? Ces informations peuvent sembles anodines mais pourtant elles sont au cœur de l'étude du culte aux morts, donc des croyances des populations, de leurs rîtes et du fonctionnement de leur société. Comment savoir si les femmes étaient guerrières et si les hommes portaient bagues et colliers si les tombent sont pillées et qu'il n'y a plus aucune arme ni aucuns bijoux ? Honnêtement, que des gens s'approprient des objets qui iraient s'entasser dans les dépôts d'archives des musées je m'en contrefous mais que des mecs détruisent nos sources d'informations ça me donne envie d'incendier les échoppes de DàM par moment, mais je suis civilisé alors je ne le fais pas.

Puisque les résultats du bac sont tombés il n’y a pas si longtemps, il y a peut-être d’éventuels lycéens qui nous lisent, s’interrogeant sur leur orientation, et qui souhaiteraient se lancer dans une licence d’archéo (voire d’Histoire ou d’Histoire de l’art). Pour eux, existe-t-il des débouchées professionnelles dans la filière ? En gros, est-il possible de manger en faisant de l’archéo ? Outre cette question, le leur conseillerais-tu et si oui pour quelles raisons ?
Je ne vais pas parler des débouchés en histoire de l'art tout simplement car je ne connais absolument pas la filière. En fonction des université l'archéo est associé soit à l'histoire, soit à l'histoire de l'art et à Caen l'histoire de l'art n'est super copine avec l'archéo, à moins que ce ne soit l'inverse. Que faire avec des études d'archéo ? Et bien tout un tas de choses, déjà archéologue, c’est con mais c'est la base, et en archéologie il n'y a pas que le terrain, j'en parle parfois en live mais il existe des dizaines de spécialités. Oui. Des dizaines, ça fait minimum vingt. En dehors de l'archéologie, il y a les boulot liés à la culture et aux musées voire même une porte d'entrée dans la police scientifique. Et oui, ça peut surprendre mais quand vous avez fait un petit master d'archéo-anthropologie, en sommes vous avez passé deux années à étudier des squelettes, et bien ça vous donne quelques points d'avance pour rentrer dans la police scientifique, c'est classe ou pas ? Il y a toujours la possibilité de tenter les concours de l'enseignement et d'ouvrir une chaîne YouTube (mais bon, vous pressez pas la place est prise, et c'est pas parce que je sors rien pendant six mois que je suis mort.) Pour les études d'histoire, il y a les deux branches évidentes que sont l'enseignement et la recherche, mais pas uniquement, on retrouve pas mal d'anciens étudiants en histoire dans les organes de presse, et bien entendu, il est possible de tenter tous les concours de la fonction publique, après tout, se taper des années d'études de lettres, apprendre à disserter, ou faire des commentaire de texte, ça vous donne les clefs pour passer n'importe quel écrit. Pour repartir sur l'archéo, c’est possible d'en vivre mais il faut être très motivé et ne pas être dégoûté par la route, parce que c'est très rare qu'un nouvel archéologue soit posé pépère dans une base archéo à vie. Avant de se faire une place il faut savoir être mobile (perso ça fait partie des raisons qui m'ont fait renoncer à l'archéo pro en revenant en France) mais c’est possible de manger et de payer ses factures en fouillant.

Conseiller ou non aux bacheliers de suivre cette filière c'est ambitieux. Honnêtement si l'histoire ou l'archéo vous botte, bah allez-y, il vaut mieux tester et se rendre compte que c'est pas votre truc plutôt que de regretter de pas avoir tenté. De toute façon il faut, à mon avis, tâtonner un peu partout en sortant du bac pour trouver quoi faire alors foncez, mais surtout, si vous voulez faire de l'archéo, il faut bouffer du chantier. Même si le chantier ne vous botte pas, que vous aimez le médiéval et qu'il n'y a que de l'antique de dispo, faut pas faire les fines bouches parce que le boulot plus tard ça pourrait être pareil. Si vous finissez à l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, le plus gros employeur français en archéologie, et qu'on vous dit de fouiller une cabane du IIIème siècle avec rien dedans et bah tant pis, il faudra utiliser les méthodes de l'archéologie parce que ce « rien » ça voudra peut être dire beaucoup pour les archéologues et historiens dans 100 ans.

Donc si ça vous botte, faut essayer. C'est tout.

Couvertures des ouvrages cités ci-dessous.

Arrive le moment de conclure cette interview mais avant de te poser la dernière question je tenais à te remercier de t’être prêté au jeu et d’avoir pris de ton temps pour répondre de manière aussi détaillé à mes questions. Donc la dernière pour la route, quel ouvrage, manuel ou pas, souhaiterais-tu conseiller à quelqu’un qui voudrait mettre un premier pied dans la discipline ou plus simplement s’instruire sur la question ?
Là c’est une question piège, de prime abord je dirais bien qu’un bon guide des méthodes de l’archéologie de Jean Pierre Demoule, est une base pour découvrir l’archéo, mais rien ne remplace le terrain honnêtement. Mais mon coeur chavire plutôt entre Laurent Olivier avec Nos ancêtres les germains qui est un très bon bouquin traitant de la solubilité de l’Histoire dans l’idéologie, et d’un autre côté Jean-Loïc Le Quellec avec Des martiens au Sahara qui revient sur les dérives courantes de la pseudo archéologie. Je pense qu’avec ce mini panel de trois ouvrages il y a de quoi occuper quelques soirées de vacances avant de savoir si on va mettre plus qu’un pied à l’étrier. Merci de m’avoir accueilli chez toi, j’espère que nos échanges intéresseront tes lecteurs autant que j’y ai pris du plaisir et on se retrouve dans les commentaires.


Voilà qui conclu cette interview. Je vous rappelle que vous pouvez retrouver Dari sur son compte Twitter mais surtout sur sa chaîne Temps Mort. Je vous encourage très fortement à prendre une heure ou deux pour écouter une de ses émissions, pendant une partie de jeu vidéo ou quand vous faites le ménage par exemple. En attendant, je vous souhaite une bonne journée, cultivez-vous, ciao.

Propos recueillis par Koukarus

Koukarus

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J'essaye d'écrire des trucs sur des machins que j'aime. Sinon on m'a dit de faire la promotion de mon twitter. J'ai aussi un mail si vous voulez m'envoyer des choses.
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