[Cinéma] 1941 – Steven Spielberg

18941331-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxDate de sortie : 12 Mars 1980

Réalisateur : Steven Spielberg

Nationalité : Américain

Casting : Dan Aykroyd, Ned Beatty, John Belushi, Christopher Lee, Toshirô Mifune

Genre : Comédie, Guerre

Synopsis : En 1941, alors que les Américains décident d'entrer en guerre, un sous-marin japonais fait surface au large de Los Angeles. Face à cette menace, les habitants de Hollywood tentent vainement d'organiser la résistance...

TW (film et article): harcèlement sexuel, alcool.

Il y a quelques temps je me suis lancé dans un marathon des plus agréables, j’avais pour objectif de regarder tous les films historiques de Steven Spielberg pour préparer un projet qui me tient à cœur. Je m’arme donc d’une tasse de café bien remplie et je lance le premier film de guerre du bonhomme. L’étonnement fut grand, les rires francs, je venais de voir un véritable ovni dans la carrière de tonton Spielberg.
Bref, what’s up les gens ! Aujourd’hui nous allons parler de 1941.

Spielberg et le genre historique

« Les cinéastes sont véritablement le reflet de leur éducation, de leur famille. Tout ce que je suis steven_spielberg_cannes_2013_3aujourd’hui se trouve dans ce que j’étais hier ». C’est en ces termes que le cinéaste résume ses inspirations. Il faut dire que sa famille l’a beaucoup aidé à avoir le gout de l’Histoire. Souvent les membres de son entourage lui racontaient leurs expériences de vies : de son père anciennement opérateur radio dans un B52 pendant la guerre de Birmanie à ses grands-parents qui lui parlent des membres de sa familles victimes du régime nazi en Pologne. Il était une brêle dans les matières scientifiques mais pour ce qui est des sciences humaines, fallait pas déconner avec lui !
C’est donc en toute logique que le 2e court métrage, Escape to Nowhere, qu’il tourne en 1961 à 14 ans avec le Kodak 8mm de son père, dépeint déjà des scènes militaires sur fond de Seconde Guerre Mondiale en Afrique de l’Est.
Mais pour se faire un nom dans l’industrie du cinéma, il délaisse les fresques historiques. Son premier long-métrage, Fireflight sort en 64 mais son premier vrai succès est un téléfilm : Duel en 1971. Viennent ensuite Sugarland Express, Les Dents de la Mer et Rencontre du 3e Type qui le placent enfin sur les devants de la scène. Par la suite il aimerait bien bosser avec son pote George Lucas sur les aventures d’un certain Indiana Jones mais George est bien relou et prend tout son temps. Steven avait également un projet un peu bizarre sur un gosse qui rencontre un extra-terrestre mais il faut encore un peu travailler l’histoire. Il jette donc son dévolu sur un script fournit par deux jeunes scénaristes qu’il vient de rencontre : Bob Gale et Robert Zemeckis. Le film sortira en 1980 et sera son premier long-métrage de guerre, il s’agit de 1941. *Ami.e qui ne retient jamais les dates, cet article est pour toi*
Mais manque de pot, il s’agit également de son premier échec financier, à la fois décrié par la critique et par les spectateurs.
La suite nous la connaissons mieux : Spielberg alterne les histoires issues de l’imaginaire et les films historiques, ceux que beaucoup mettent dans la catégorie injustement nommée « filmographie sérieuse ». L’Empire du Soleil (1988) est son premier succès du genre mais l’apothéose vient avec la Liste de Schindler (1994) qui lui rapporte sept Oscars.
Il n’a de cesse de se pencher sur les événements marquant de notre monde : Amistad, Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, Munich, Cheval de Guerre, Lincoln, Le Pont des Espions. Le tout en s’intéressant toujours avant tout à l’humain, à la singularité de ces récits de personnalités uniques qui s’incluent dans ceux du monde.

1941, ovni engagé et renié

Les spectateurs de l’époque ont dû être étonnés lorsqu’ils ont vu qu’un tout jeune réalisateur se permettait de faire des références à ses précédents films dès les premières minutes de 1941 alors qu’il n’en était qu’au début de sa carrière internationale, il ose tout le Steven. On entre donc dans le film avec une scène qui nous renvoie directement aux Dents de la Mer avec une jeune femme qui se baigne sans grande pression dans le grand bleu et est soudain attaquée par… le périscope d’un sous-marin japonais qui est parti en vadrouille pour défoncer Hollywood sans même savoir où c’est. Et sur ce sous-marin il y a un officier nazi interprété par Christopher Lee. Film, j’aime ce que tu me proposes. 1941 se base sur un fait réel : un sous-marin japonais est effectivement apparu dans la baie californienne, déclenchant ainsi une vague de panique. Le reste est issu de l’esprit déjà bien audacieux de Bob Gale et Robert Zemeckis. Pour faire face à la menace, les habitants peuvent compter sur leur vaillants soldats… ou pas. Ces derniers préfèrent se foutre sur la gueule lors d’un concours de danse tandis que leurs supérieurs pleurent devant Dumbo. Le dernier espoir semble être l’aviateur redneck Wild Bill Kelso, autant dire que c’est pas gagné. Fort heureusement les valeureux défenseurs de l’Amérique se ressaisissent après un discours fort original (non) et organisent la résistance… détruisant ainsi les rues d’Hollywood.

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Des scènes complètement cintrées jalonnent l’entièreté du métrage, c’est 2h30 d’absurde et de quiproquo dans lequel tout le monde en prend pour son grade, à commencer par les soldats américains (grade, soldat, excellent.) On se retrouve donc face à deux tourtereaux résolus à s’envoyer en l’air (sens propre et figuré) pendant la bataille, un soldat japonais qui gueule « Hollywood » sans cesse ou encore un père de famille bien sous tout rapport qui découvre les joies des batteries de défense côtière. Mais Spielberg ne fait pas ça pour le simple plaisir de se taper un gros délire, non, Spielberg il veut taper là où ça fait mal et il le fait bien. Rappelons vite le contexte : on est en pleine guerre froide et le cinéaste s’amuse avec les USA post-Pearl Harbor (avec un fait réel en plus, le cuistre), plus iconoclaste tu meurs. Mais surtout, il tourne en dérision l’armée, il fait passer les soldats pour des lourdauds bêtes comme leurs pieds, qui ne jurent que par le drapeau de leur pays mais incapables de le défendre correctement.
130f60fa540b0035ed625353f32e96c5Forcément, vu les mentalités de l’époque (qui n’ont pas tellement changé quand on y pense…), 1941 s’est fait démonter. Échec critique et financier, le film a failli marquer la fin de la carrière du réalisateur devenu persona non grata anti-patriotique. Cette levée de boucliers s’est faite dès la pré-production. En effet John Wayne (alias le héros de Spielberg) avait été approché pour incarner un personnage mais celui-ci, en plus de refuser le rôle, a sommé le cinéaste d’abandonner le projet. Et là on touche à tout ce qui fait l’intérêt de ce film, outre le fait qu’il soit bien délirant par rapport aux autres métrages du cinéaste, ce dernier est souvent accusé depuis quelques temps d’être trop patriotique (essentiellement par certaines personnes qui ne poussent pas assez loin leur réflexion sur son œuvre et qui n’ont visiblement pas vu 1941). Et c’est en cela que ce film est un véritable ovni : son ton mordant, son esprit profondément en marge de ce que l’on faisait auparavant dans le paysage des films de guerre mais surtout sa place dans la filmographie soi-disant patriotique de Spielberg. On ne va pas trop s’attarder sur ce point ici, je réserve ce thème pour le projet dont je parlais en introduction mais sachez que 1941 vaut le détour uniquement pour cela : qu’on le regarde avant ou après tous les autres films historiques du réalisateur, il étonne par nombre de ses aspects, c’est le Docteur Folamour de Spielberg, ni plus, ni moins.
Hélas, Steven a finit par renier 1941 notamment pour son échec financier mais aussi pour le foutoir qu’a été le tournage. Si le réalisateur s’est toujours promis de rendre en temps et en heure ses projets, c’est bien à cause de ce film qui a demandé 247 jours de réalisation (ce qui est relativement énorme). Malheureusement cela se ressent pendant le visionnage. Par exemple, le personnage de Kelso ne devait pas avoir une place aussi importante mais Spielberg a été si subjugué par les performances délirantes de John Belushi qu’il a décidé de lui donné plus de temps à l’écran, réécrivant le script au pied levé. Il en résulte certaines scènes qui apparaissent avec un manque de naturel assez flagrant. Ce tournage a été un enfer pour le réalisateur qui a accordé trop de minutie à des passages secondaires. Le plateau était si bruyant qu’il était obligé de tirer à blanc avec une des armes du film pour se faire entendre quand il voulait donner ses indications. Alors oui c’est extrêmement badass mais ça donne une bonne idée du foutoir général qu’a été 1941.
Vous l’aurez compris, si à l’époque le film a été démonté, aujourd’hui il a un statut unique. C’est le genre d’œuvre pour laquelle j’ai beaucoup d’affection, le genre de métrage qui, malgré le fait qu’il ait été démonté à l’époque de sa sortie, a su se créer un statut tout particulier au fil des années et qui permet de remettre en perspective la carrière entière d’un réalisateur souvent dénigré à tort.
Je vous invite donc chaleureusement à le voir (en version longue), vous ne serez pas déçu.es du voyage.

Bref, à bientôt pour de nouvelles perles comme 1941 et en attendant, cultivez-vous !

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Article corrigé par Koukarus

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Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Et je suis le patron de ce site. Carrément ouais.
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