[Interview] Maxime Solito – Les Cinéphiles

Bonjour à toutes et à tous !
Sur Twitter on le connaît sous le pseudo de CaptainMarv, on le suit pour ses réflexions tantôt sur le cinéma, tantôt sur les comics, ou encore sur notre société ou la politique. Mais il est aussi Maxime Solito, auteur du documentaire Les Cinéphiles qui devrait sortir sous peu et nous avons donc la joie de l'accueillir aujourd'hui pour qu'il nous en parle ! 

Bonjour camarade ! Qui es-tu et que fais-tu dans ce plan astral ?
Je suis Maxime Solito (CaptainMarv sur Twitter) et je passe ma vie à regarder des films.

Que fais-tu dans la vraie vie véritable ?
Je suis monteur et dans le cadre de ce documentaire, réalisateur.

Courant 2016 sortira ton documentaire Les Cinéphiles, de quoi il en retourne précisément ?
C'est un droit d'inventaire du cinéma français fait par ceux qui le voient et ceux qui le font, autrement dit par les cinéphiles. Le système du cinéma français est un ensemble de mécanismes qui selon certains sont les meilleurs au monde et selon d'autres cassés ou à repenser. Mon film tente de leur donner une voix qu'ils n'ont pas dans les médias traditionnels.

Un moment du tournage que tu retiens particulièrement ?

Céline Sciamma - Réalisatrice de Bande de Filles et Tomboy

Céline Sciamma - Réalisatrice de Bande de Filles et Tomboy

Mon interview de Céline Sciamma à La Femis est un bon moment de fierté. Je n'ai pas particulièrement d'affection pour le lieu, mais le fait d'avoir réalisé l'interview d'une cinéaste nommée aux Césars pour parler (entre autres) de problématiques de représentation dans la salle Alice Guy (la première réalisatrice de l'histoire du cinéma) donnait à mes yeux une qualité plus légitime au film. Et la discussion en elle-même était fascinante, je n'ai pas gardé cette phrase au montage mais l'entendre dire qu'elle avait hâte de voir Tomorrowland m'a redonné un peu d'espoir pour le cinéma français. Je retiens également deux interviews parce qu'elles ont nourri l'analyse du film, l'ont rendu beaucoup plus intelligent : Rafik Djoumi et Pacôme Thiellement.

Tu as financé le documentaire par une campagne de crowdfunding. Au moment de la lancer, étais-tu confiant ou avais-tu une appréhension ?
C'était du quitte ou double : j'avais essayé des moyens de financement traditionnel mais personne ne voulait produire le film. Et il était hors de question pour moi de passer par la case CNC puisque le film se veut une critique entre autres du fonctionnement du CNC. Il aurait donc été hypocrite d'avoir leur aide pour ensuite essayer de comprendre pourquoi certains pensent qu'il y existe des dysfonctionnements. Je n'avais aucune garantie que mon projet allait être financé via le crowdfunding, et je pense que très peu de gens me connaissent. Mais j'ai eu la chance d'avoir de l'aide de mes amis, de mes proches, et un bon coup de pub par mes followers sur Twitter et un passage sur Radio Nova dans l'émission de Nico Prat.

On veut des chiffres ! Combien de jours d'écriture, de tournage, de montage ?
Quelle durée pour la version finale et combien de litres de café engloutis ?
1 an d'écriture, 6 mois de tournage, 1 an de montage.

La version actuelle, la version 5 fait 1h27 sans le générique de fin, la version finale devrait être dans ces eaux-là.
Zéro litre de café ! Je ne bois jamais de café. Par contre j'ai dû engloutir l'équivalent d'un lac en Coca et Red Bull...

Qu'est-ce qui a été le plus éprouvant pour toi ? (écriture, tournage ou montage)
C'est dur à dire parce que les 3 ont posé des problèmes particuliers. L'écriture et le montage ont été une suite de remises en question de sens, de forme et de fond permanentes. Et j'ai horreur des tournages. Pour moi un film se crée à l'écriture et au montage, si je pouvais me passer de l'étape tournage, je le ferais. D'ailleurs, de plus en plus de documentaires sur le cinéma n'y ont plus recours et je trouve qu'ils en sont d'autant plus inventifs, comme dernièrement Beyond Clueless ou Fear Itself

Beyond Clueless - Une étude approfondie, à travers plus de 200 classiques modernes, qui se penche sur le phénomène du teen-movie.

Beyond Clueless - Une étude approfondie, à travers plus de 200 classiques modernes, qui se penche sur le phénomène du teen-movie.

Parlons un peu de ta spécialité ! Ou même de tes spécialités ! En effet on te voit donc parler de cinéma mais aussi très souvent de comics. Lequel de ces deux centres d'intérêts (ou même passions) est venu en premier ?
J'ai vu mes premiers films en salles à l'âge de 2 ans. Dès l'âge de 7 ans j'y allais seul et non accompagné, et au moins 1 ou 2 fois par semaine, puis 3 ou 4, puis au moins un film par jour en salle en moyenne quand j'étais en école de cinéma. Mon grand-père était le plus jeune projectionniste de France, et c'était un énorme cinéphile. Ma première école de cinéma, c'était sa collection de milliers de K7 vidéos sur lesquelles il avait enregistré tous les plans possibles et imaginables du cinéma. Donc la cinéphilie, je suis tombé dedans quand j'étais petit. 

Les comics c'est un peu différent. Quand j'étais gamin, j'étais accro au dessin animé X-Men, celui qui a été produit au début des années 90. Quand la série a arrêté d'être diffusée, j'étais frustré de ne pas avoir la suite des personnages que j'aimais et c'est là que je suis tombé sur des comics Marvel en presse et il y avait des X-Men dans le lot. J'ai commencé à en lire à l'adolescence il y a 20 ans et je ne me suis plus jamais arrêté depuis. 

Qu'est-ce qui t'a attiré dans l'art cinématographique ?
Pour moi, c'est l'art qui restitue le mieux la pensée et l'imaginaire. La littérature et la peinture c'est très bien mais ce sont des arts figés. La musique c'est cool, mais il manque l'image. Le cinéma quand c'est bien fait, c'est les images les plus précises et les plus complexes ou les plus inventives qu'on puisse fabriquer. On peut en faire ce qu'on veut, la seule limite, c'est l'écran. Pour l'instant. 

Et pour les comics ?
J'adore les super-héros. Ils sont le panthéon de notre ère, l'équivalent des dieux romains, grecs ou égyptiens. On s'en sert comme paraboles et on les connaît mieux que nos religions classiques. Ils représentent un idéal mais au lieu d'un idéal divin inaccessible ils sont souvent humains et leur fêlures les rapprochent de nous. Les X-Men parlent de discrimination, Iron Man est un alcoolique réactionnaire, Hulk un névrosé, et ainsi de suite. Quand ils sont bien écrits, ça donne des histoires qui arrivent à équilibrer épique et humain et je trouve ça génial. 

Un film/réalisateur préféré ?
Un film : Ghostbusters. Le meilleur film selon moi est 2001, ça c'est la réponse de facilité mais mon film préféré c'est Ghostbusters, tout simplement parce que c'est celui que j'ai le plus vu et revu depuis l'enfance. Il est loin d'être parfait mais il est assez unique à mes yeux dans son mélange fantastique/comédie SNL et je connais chaque réplique par cœur, chaque axe de caméra, chaque raccord. 

Mon réalisateur préféré est Steven Spielberg, parce qu'il a réalisé au moins une vingtaine de chefs-d'œuvre que je pourrais chacun revoir 100 fois sans jamais me lasser. Pour moi c'est un dieu, il maîtrise totalement son découpage, ses films sont d'une complexité inimaginable et pourtant ils parlent à tout le monde. Ceux qui peuvent en dire autant se comptent sur les doigts d'une main d'un boucher très maladroit.

Ghostbusters-Turn-on-Proton-Pack-06302015

Le comics que tu pourrais relire éternellement ?
Les X-Men de Grant Morrison. Il a fait un run quasi-parfait, d'une intelligence inouïe. Ses Batman et JLA étaient grandioses aussi, mais j'ai toujours préféré les X-Men. 

Quel est le dernier film que tu as vu en salle ?
X-Men Apocalypse. Je fais partie des rares à le défendre, mais Apocalypse était dans l'un des premiers comics que j'ai lu, ça a dû jouer dans l'appréciation... 

Sur les réseaux sociaux tu parles souvent de sujets sociaux ou politiques. Y a-t-il une œuvre politique que tu penses nécessaire à voir pour la compréhension de notre monde ou de certains sujets comme le féminisme ?
Je ne suis pas légitime pour parler de féminisme. Les féministes le sont. D'un point de vue cinéphile et masculin et étant d'accord avec les féministes, je ne trouve que très peu de films dans ma mémoire qui ont combattu le patriarcat de façon vraiment claire. Je pourrais citer cela dit quelques exemplaires qui me sont chers : Aliens de James Cameron, Mad Max : Fury Road de George Miller, Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, Tank Girl de Rachel Talalay et Bande de Filles de Céline Sciamma. Ce sont des films extrêmement conscients de leur message, de leur portée et qui le font passer par la mise en scène, et pas juste les dialogues ou les acteurs. 

MV5BMTcwNzYzMzMwMF5BMl5BanBnXkFtZTcwMzMzODczMQ@@._V1__SX1230_SY641_Je ne crois pas qu'il existe un film magique pour comprendre notre monde. Il faut en voir plusieurs sur chaque sujet mais ils ne feront que rendre compte de l'avis de leurs artisans sur des questions politiques, philosophiques ou sociologiques. Je préfère Munich de Spielberg à Black Book de Verhoeven, mais les deux me paraissent intéressants sur la situation en Israël. Je ne suis pas d'accord avec Histoire(s) du Cinéma de Jean-Luc Godard mais il me paraît indispensable pour comprendre l'œuvre de Godard et sa vision du cinéma. Il faut faire feu de tout bois pour ensuite faire son tri. Pour moi le cinéma n'est pas là pour rendre compte du monde, seulement en tirer une vision artistique qui fait sens pour montrer ce qu'on en pense. Cela ne veut pas dire qu'il ne doit pas être politique, tous les films le sont. Cela veut dire que ce n'est pas en passant par une posture de réalisme qu'on peut faire passer des idées, mais avec une version maniérée du monde. Par exemple Avatar est pour moi un film très politique sur aujourd'hui, sur nous, sur notre rapport au monde et aux autres, plus que n'importe quel Haneke ou Dardenne. Pour moi l'imposture commence dès qu'un film semble dire : "je vais vous montrer le réel". 

Sortons du cadre cinéma et comic, es-tu également un franc consommateur de séries ? Laquelle t'as le plus marqué ?
Oui, assez sériephile. Ma série préférée est et restera Les Sopranos. Pour moi la télévision n'a jamais autant montré ce qu'est la condition humaine que par le personnage de Tony Soprano. 

Je suis également un gros trekkie, un fan de Twin Peaks et de Lost

Ta musique du moment ?
1812 Overture, de Tchaïkovsky.

Joues-tu régulièrement aux jeux vidéo ? Te souviens-tu de ton premier jeu et lequel est ton préféré ?
J'étais un vrai gamer dans les 90's, plus du tout aujourd'hui. J'ai trois franchises que j'adore : GTAUncharted et Metal Gear Solid, probablement parce qu'ils sont très cinématographiques.

Mon premier jeu : Pac-Man sur Atari. (Oui, je suis vieux à ce point.)

Tu es plutôt BD franco-belge ou manga ?
Manga. Mais j'en lis très peu. Je suis un fan obsessionnel de Neon Genesis Evangelion. Sa mythologie me rend dingue. Mais techniquement c'était un anime avant d'être un manga. Sinon je suis pas très original : j'adore Dragon Ball de Toriyama, Akira et Ghost in the Shell.

[Food] Passons à la question débile habituelle : que mets-tu dans tes pâtes ?
Un jaune d'œuf et du sel. 

Un dernier mot pour la fin ?
Révolution.

Captain-Marvel-Movie-Guardians-of-the-Galaxy-Writer

Propos recueillis par Ipemf

Ipemf
Suivez-moi !

Ipemf

Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Également responsable de publication et community manager, parce que sinon je m'ennuie.
Ipemf
Suivez-moi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *