[Comics] Le Deuil De La Famille

L'oeuvre dont il est question présente un contenu qui peut être jugé morbide (mort, mutilations corporelles, putréfaction) ainsi qu'une violence graphique et symbolique. La critique abordera ces thèmes.

Bonjour à tous, cette critique a pour but de vous parler du Deuil de la famille, le nouvel arc du comics Batman qui a été publié en France le 14 février par Urban Comics. Mais avant de débuter les festivités, je pense qu'il est nécessaire de faire un petit point à l'attention des nouveaux lecteurs pour qui l'histoire de Batman et plus particulièrement celle des membres de la Bat-famille ne serait pas très claire.

Le premier des membres de la famille auquel on pense spontanément est bien sûr Robin, jeune orphelin recueilli par Bruce Wayne et qui aide ce dernier à combattre le crime, du moins pour sa première incarnation. En effet, il n'y a pas eu qu'un seul Robin, canoniquement on en retient quatre. Le premier, Dick Grayson, a officié sous le costume entre 1940 et 1984, année où il adopte l'identité de Nightwing. C'est de tous le plus connu puisque c'est lui qui apparaît dans la série animée des années 90 et les films de Schumacher.

Death_in_the_family

Extrait d'Un deuil dans la famille

Vient ensuite Jason Todd, le mouton noir parmi les rouges-gorges. Ses deux faits d'armes les plus marquants sont liés à son apparition et à sa disparition. Il est repéré par Batman alors qu'il tentait de voler les roues de la Batmobile, c'est son cran qui lui vaudra d'obtenir son poste. Malheureusement pour lui, les lecteurs n'aimeront pas son côté tête brûlée et DC décidera de se débarrasser de lui. Mais attention, pas n'importe comment, en effet, un nouvel arc scénaristique intitulé Un deuil dans la famille ( A death in the family en VO ) est lancé en 1988 au sein duquel Jason est capturé par le Joker. Le choix est alors laissé aux lecteurs qui ont eu à voter pour décider s'il allait survivre ou s'il serait tué. La légende veut que la seconde option l'ait remporté avec une poignée de voix d'avance sur les 10.000 totales. Ainsi s'est éteint sous les coups d'un pied-de-biche Jason Todd, second Robin. Bon, en réalité la mort ne porte pas trop à conséquence dans les comics et Jason est revenu à la vie en 2005 au sein de l'arc Sous le masque ( Under the Hood en VO ) et opère depuis sous l'identité de Red Hood.

Tim Drake, le troisième Robin, est apparu en 1989. Réputé pour son intelligence, il peut s’enorgueillir d'avoir découvert la réelle identité de Bruce Wayne du haut de ses neuf ans. C'est d’ailleurs grâce à ça qu'il accédera à son poste, ça et la nécessité pour Batman d'avoir un compagnon qui l'empêche de basculer vers des méthodes trop extrêmes. Je ne pense pas que ce soit le Robin le plus marquant. Il n'a pas le prestige d'être arrivé en premier, n'a jamais eu le droit à une mort marquante et n'a même pas la décence d'être orphelin ( du moins au début de sa carrière ). Même son passage de témoin n'est pas spectaculaire. Suite à la mort de Bruce Wayne en 2008 lors du crossover Final Crisis, c'est Dick Grayson qui est choisi pour le remplacer. Celui-ci choisit Damian Wayne pour l'assister en tant que Robin tandis que Tim revêt l'identité de Red Robin pour combattre le crime de son côté.

C'est donc de cette manière que Damian Wayne devient le quatrième et dernier Robin à ce jour. Les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué qu'il partage son nom de famille avec Bruce. Il s'agit en effet de son fils biologique conçu durant une nuit d'amour avec Talia Al Ghul qui nous est relaté dans l'arc Le fils du démon publié en 1987 (Son of the Demon en VO). S'inspirant de cet arc, Grant Morrison, principal scénariste de la série entre 2006 et 2011, le fait revenir dans la vie de son père. La cohabitation est d'abord difficile, les méthodes du fils étant trop radicales pour le père, mais une tendresse finit par naître entre les deux pour n'être que mieux réduit à néant par la mort de Bruce. Lorsque celui-ci revient à la vie *qu'est-ce que je vous disais sur la mort*, il laisse à Damian son statut, espérant ainsi l'éloigner de l'influence néfaste de sa mère.

Mais les Robin ne sont pas les seuls à soutenir Batman dans sa lutte. Il faut aussi citer Batgirl, l'alias de Barbara Gordon, fille du commissaire Gordon. C'était déjà elle qui portait le costume quelques années auparavant mais suite à une désastreuse rencontre avec le Joker dans l'arc The Killing Joke, elle s'est retrouvée paraplégique et a été forcée de raccrocher la cape. C'était sans compter un événement encore inexpliqué à ce jour qui lui a permis de retrouver l'usage de ses jambes et d'être à nouveau en état d'enfiler ses collants.

De gauche à droite : Batgirl, Red Hood, Red Robin, Nightwing, Robin et enfin Batman

De gauche à droite : Batgirl, Red Hood, Red Robin, Nightwing, Robin et enfin Batman

Enfin, le dernier mais pas des moindres, parlons d'Alfred Pennyworth1. Vous connaissez certainement tous le majordome de Bruce Wayne, présent dans toutes les adaptations aux côtés de son maître. Il faut savoir qu'il représente bien plus que ça, il s'agit en effet d'un véritable père de substitution pour Batman. Toujours là pour l'épauler, le soigner et le soutenir. Il est l'homme de l'ombre sans qui rien n'aurait pu être possible et sans qui rien ne pourrait continuer.

Après cette introduction qui s'est avérée plus longue que ce à quoi je m'attendais, mais qui est néanmoins nécessaire selon moi pour permettre aux néophytes de l'homme chauve-souris de bien comprendre les tenants et aboutissants de ce qui va suivre, il est maintenant temps de commencer réellement cette critique.

Le deuil de la famille est donc le troisième arc de la série Batman depuis le lancement des New 52, regroupant les numéros 13 à 17. Toujours scénarisé par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo qui avaient déjà travaillé ensemble sur La cour des hiboux et La nuit des hiboux, cet arc a la particularité de réintroduire le Joker qui était porté disparu depuis son évasion d'Arkham dans le numéro 1 de la série Detective Comics, numéro dans lequel on apprend qu'il s'est fait arracher la peau du visage pour pouvoir passer inaperçu. *Je suis d'accord avec vous, je ne vois pas comment un homme au visage dépecé pourrait ne pas se faire remarquer* Mais s'il n'a plus donné de signe de vie depuis un an, c'est justement parce qu'il a préparé un plan. Un plan encore plus ambitieux que tous ceux qu'il a pu avoir jusqu'à présent et dont le but est pour lui très simple : débarrasser Batman de toutes les béquilles sur lesquelles il se repose depuis trop longtemps, et par béquilles je veux bien entendu parler des membres de la Bat-famille. Le parallèle entre les titres Le deuil de la famille et Un deuil dans la famille prend donc tout son sens. Le premier à en faire les frais sera Alfred, mais son enlèvement est accompagné d'une promesse, celle que le même sort attend tous les autres alliés du chevalier noir, d'autant plus que cette fois le Joker affirme connaître toutes les identités secrètes des protagonistes.

Je pense qu'une des manières d'interpréter cette histoire est de la remettre dans son contexte éditorial. Les New 52 ont été lancés depuis un peu plus d'un an au moment où sort le numéro 13 et ont permis à de nombreux nouveaux lecteurs de se lancer dans la lecture de comics. En plus de cela, le Joker est une figure emblématique qui a été subjuguée par l'interprétation d'Heath Ledger dans The Dark Knight. C'est donc l'occasion rêvée d'introduire à ces nouveaux lecteurs ce qui fait le sel de la relation qui lie Batman à sa némésis. Qui plus est, chacune des phases du plan du Joker est une référence à l'un de ses crimes passés, c'est donc un bon moyen de leur infuser cette continuité qui peut faire tellement peur tout en installant une atmosphère de paranoïa.

Coverture de Batman #15

Couverture de Batman #15

C'est d’ailleurs pour mettre en place des ambiances sordides que Scott Snyder excelle. Avant de devenir le scénariste principal du Batverse, il s'était fait remarquer pour ses histoires d'épouvante parmi lesquelles American Vampire dont l'un des épisodes avait été co-signé par Stephen King lui-même. Il peut donc laisser ici libre cour à ses envies pour prendre le lecteur aux tripes. En témoigne l'utilisation du visage du Joker qu'il porte comme un masque et qui, à première vue, n'est là que pour souligner encore une fois la folie du personnage mais qui accompagne aussi l’angoisse du lecteur au fur et à mesure de sa décomposition.

 

 

Attention, le paragraphe qui va suivre contient des spoilers sur la conclusion du récit, si vous tenez à garder intacte le plaisir de la découverte ne le lisez pas et passez directement à la conclusion de cette critique.

Attention spoiler SélectionnerRévéler

Au final, si vous vous demandez si cet ouvrage va vous plaire posez-vous plutôt les questions suivantes : « Voulez-vous découvrir un récit de Batman mettant en scène le Joker ? » si oui, lisez Le deuil de la famille ; « Voulez-vous savoir comment Scott Snyder s'est débrouillé avec le personnage du Joker ? » si oui, allez-y aussi mais soyez prévenus qu'il n'est pas connu pour réussir ses conclusions.
Cultivez-vous !

Koukarus

1 Là encore, Urban a consacré tout un dossier au personnage, disponible ici

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