[Cinéma] Godzilla : All Hail The King !

Attention, l'article que vous vous apprêtez à lire peut comporter une dose aléatoire de spoilers dû au fait que l'auteur n'a absolument rien à foutre de vous. Pour contrer ces possibles révélations maléfiques vous pouvez lire l'article sur le dos d'un lama, il est possible que les ondes positives de l'animal divin vous protège. Ou alors vous pouvez aussi vous bouger les culs et aller voir le film. Cordialement. La Direction

*En vrai on vous aime et il n'y a pas de gros spoilers*

Salut à tous ! Comme vous avez pu le lire dans le titre, aujourd'hui je vais vous donner mon impression sur Godzilla sorti dans nos salles le 14 mai, réalisé par Gareth Edwards avec Bryan Cranston (après m'être refait toute la série Breaking Bad, c'est malin), Aaron Taylor (non pas Aaron Paul désolé), Ken Watanabe, Elizabeth Olsen et bien d'autres (allez voir la fiche du film boudiou).

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Je dois avouer que je n'étais pas emballé à l'idée d'aller voir ce film, du Godzilla j'en ai vu toute mon enfance, surtout la série animée créée par Roland Emmerich et Steven Melching diffusée sur Fox Kids (seul les vrais se souviennent de cette chaîne *ou ceux qui avaient l'argent pour le satellite*), j'avais adoré cette série mais j'ai sûrement été trompé par mon regard d'enfant car au final elle ne casse vraiment pas trois pattes à un canard *ensemble protégeons les canards*. Mais ce qui m'a réellement fâché avec la grosse bête c'est bel et bien le film de 98 réalisé par Roland Emmerich. J'avais peur donc que le dernier opus soit juste une simple volonté de faire un film pour faire un film, les producteurs espérant ramener les fans pour les 60 ans de Godzilla.

Et bien je m'étais trompé ! J'ai été extrêmement surpris !

Je vous propose donc une rapide rétrospective sur la saga Godzilla pour ensuite aborder plus facilement le film de Edwards ! Je vais donc utiliser ma machine à question d'inculte !

C'est qui Godzilla ?

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À défaut d'être une personne, Godzilla est un monstre emblématique de la culture pop. Créé par Ishirô Honda et Tomoyuki Tanaka (oui, un producteur est par définition ce qui donne en partie vie à un film) le gros lézard pas très avenant a popularisé le genre des Kaiju Eiga. Le premier film est sorti en 1954.

La minute précision qui fait du bien à votre culture :

La popularité de Godzilla n'est pas venue toute seule ! Ce n'est pas le premier monstre géant à être apparu sur grand écran. En effet, en 1952 sort un film sur un autre monstre légèrement plus poilu : King Kong. Fort de ce succès, Eugène Lourié (réalisateur français) sort en 1953 Le Monstre des Temps Perdus . Le pitch de ce film est simple : un dinosaure revient à la vie suite à des essais nucléaires, attaque New York et est finalement tué par les militaires. La popularité de Godzilla vient donc aussi du fait que ce genre de film commençait à faire surface et avait une très bonne réception.

Fin de la minute précision qui fait du bien à votre culture.

En gros c'est juste un gros monstre qui défonce tout ?

C'est le triste résumé que l'on fait bien souvent hélas. Mais c'est un peu plus compliqué que ça ! Il faut s'intéresser plus particulièrement aux symboliques des Kaiju Eiga donc je te laisse poser la question mon petit inculte !

C'est quoi un Kaiju Eiga ?

Ne vous moquez pas !

Ne vous moquez pas !

Le Kaiju Eiga est un genre de film japonais mettant en scène des gros monstre, les Kaiju (étymologiquement "bêtes étranges").

Déjà là, les japonais ont une vision des monstres bien différente de nous pauvres occidentaux décérébrés. En effet, le Kaiju représente la force de la nature, sorte de mise à l'échelle aussi symbolique que physique montrant à quel point l'homme se doit d'être humble devant cette dernière. Une sorte de divinité naturelle qui est là pour remettre en place l'équilibre. Les occidentaux eux voient les monstres comme de simples forces du mal qui doivent être abattues : mise à l'échelle symbolique et hautement manichéenne pour montrer l'ampleur du mal qui peut ronger les hommes et qui remonte aux plus anciens textes religieux comme dans la Bible avec l'Apocalypse qui fait apparaître un grand dragon rouge à sept têtes et dix cornes venu dévorer une femme enceinte. Pour résumer le Kaiju japonais est là pour montrer aux hommes qu'il vaut mieux ne pas faire les malins tandis que le monstre occidental a pour rôle de titiller l'égo de l'homme en lui montrant qu'il suffit de lui foutre un bon coup de fusil à pompe dans l'occiput.

Cette comparaison se retrouve dans le traitement des Kaiju Eiga. Le premier film Godzilla paru en 1954 était avant tout le produit d'un passé douloureux des japonais qui devait être extériorisé : le traumatisme des armes nucléaire. Le Godzilla est alors une arme de destruction massive à part entière, symbole des Etats-Unis détruisant le Japon. Le film a d'ailleurs été en quelque sorte censuré aux USA qui ont préféré réduire l'impact des armes nucléaires. Au fil des adaptations, les films Godzilla s'adaptent à un public plus jeune, les réalisateurs reviennent donc aux sources dépeignant un monstre protecteur, dieu de la nature protégeant la Terre.

Donc Godzilla n'a jamais été vu comme une simple bête destructrice ?

Rarement voire jamais quand il est adapté par des japonais. En revanche un Kaiju Eiga réalisé par un américain devient plus facilement un simple film de destruction où la portée moralisatrice de la bête est presque inexistante.

220px-Roland_Emmerich.5132_(cut)Prenons pour exemple l'immonde merde... euh le film réalisé par Roland Emmerich sorti en 1998. Il ne s'inspire que très peu du Godzilla de Honda, la bête se voit même renommée G.I.N.O pour Godzilla In Name Only. Là Gojira (fallait que je le place un jour ce nom japonais quand même) a une seule portée : la destruction totale de New York. En gros le pitch est simple : les pauvres américains biens sous tous rapports sont victimes d'une grosse bébête créée par des essais nucléaires FRANÇAIS. OUI FRANÇAIS. Ce crétin de Emmerich n'est même pas capable de dire que les américains sont responsables de la création de Godzilla et il met ça sur le dos des bouffeurs de grenouilles, qui, au passage, n'ont fait "que" 210 essais nucléaires contre 2 putain de milliers pour les américains. Tu le sens mon putain de patriotisme américain ?!

Prenons un autre exemple : Pacific Rim. J'ai beau adorer ce film, on est obligé de constater que les Kaiju n'ont aussi qu'une simple portée destructrice. Surtout que bon, ils appellent ça des Kaiju mais ils n'en n'ont que le nom, ce sont des extra terrestres... J'ai jamais dit que le scénario de Pacific Rim était bon ! C'est juste un très bon défouloir. Mais le constat est là : ils ont pris la définition américaine de Kaiju : un gros monstre qui défonce tout et qui se fait démonter la face par des hommes... euh un héros américain.

Maintenant que tu as bien étalé toute ta culture, tu passes à la critique du film ?

En effet il est temps de passer au Godzilla de Gareth Edwards ! Et l'on va commencer par ce qu'il est à la base : un remake.

Un bon Remake :

L'un des buts du remake est de rendre un film actuel. Les premiers Godzilla sont devenus extrêmement vieux et kitchs (ils sont très drôles à voir entre potes et ils restent des monuments du cinéma, ne serait-ce que d'un point de vue sociologique et historique). Il fallait donc une adaptation réalisée avec nos moyens actuels. Il en va de même avec l'actualisation des problématiques du film. On sent toujours la crainte de la puissance nucléaire et déjà là nous avons une belle acrobatie scénaristique. Les essais nucléaires ne sont vus qu'à travers le passé. Ils ont permis aux monstres de grandir petit à petit mais dans le présent, les essais nucléaires n'ayant plus leur place, les monstres s'attaquent aux centrales nucléaires, nouvelles peurs pour notre population et surtout pour les japonais (qui n'ont jamais eu de chance avec le nucléaire avouons-le).

Et vient enfin le dernier but de ce film : l'hommage. Ce sont les soixante ans de la grosse bébête (bientôt l'âge de la retraite d'ailleurs), un nouveau film était donc assez attendu. Le coup de "c'est l'anniversaire, il faut faire un film" me fait bien souvent peur, le réalisateur et les producteurs pouvant ne pas se casser la tête à faire une oeuvre riche et bien travaillée, jouant sur la popularité du film. Mais là on n'a vraiment pas été pris pour des cons ! Nous avons un vrai retour aux sources pour ce qui est de Godzilla, un vrai respect de ce qu'il est de base.

Ce qui fait donc déjà un bon point : un bon remake.

La réalisation : du gigantisme poétique brillamment orchestré.

Dieu que ce film est jouissif au niveau de son travail de réalisation ! Gareth Edwards est un jeune réalisateur plein de talent ! (je vous conseille fortement Monsters, son premier film).

Commençons par la bête. Ce qui fait l'efficacité de ce genre de film c'est la mise à l'échelle, la comparaison entre l'homme et le gigantisme du monstre. Nous avons là une véritable réussite, l'exemple même de ce que doit être la représentation du gigantisme. On ne voit Godzilla dans son ensemble que très peu. Le réalisateur ne nous montre bien souvent que des parties du monstre, nous laissant imaginer l'ensemble. Cela nous donne un aperçu de la taille de Godzilla : impossible à filmer dans un espace aussi petit qu'une ville. Les rares moments où l'on voit Godzilla dans son ensemble sont filmés à des kilomètres, encore une fois mise à l'échelle parfaitement orchestrée pour montrer au spectateur l'immensité de la bête.

Ce passage là !

Ce passage là !

Nous avons droit à des moments magnifiques, presque poétiques. Mon moment préféré est quand les soldats sautent en parachute, des fusées de détresse accrochées à leurs bottes. Ils passent de la couche de nuages gris (pendant un orage en plus, rajoutant de la tension) aux nuages teintés de rouges, à une vision de San-Francisco en ruine, pour tomber toujours en chute libre à côté de Godzilla que l'on voit aux travers des lunettes d'un des soldats. Le tout sur fond d'une des musiques de 2001 L'Odyssée de l'Espace, musique qui nous met encore plus dans l'angoisse face à la menace gigantesque se trouvant à côté des soldats.

Autre moment particulièrement effrayant au point qu'il en devient aussi poétique : les avions de chasse s'écrasant dans la ville suite à la déferlante électro-magnétique lancée par un des monstres. Tout ces moments ne sont là que pour montrer à quel point l'homme est impuissant face à ces bêtes.

Nous avons également de nombreuses astuces de caméra : le passage de la cabine d'un bus à son rétroviseur pour voir la bête enragée, permettant ainsi de ne pas faire un changement de plan. Nous avons aussi la prise de vue sur les portes d'un bus démarrant, où l'on voit donc le défilement d'une scène de rue permettant ainsi de montrer, grâce à la vitesse du véhicule, l'empressement des humains face à la menace qui se rapproche, nous réduisant ainsi à l'état de simples fourmis.

L'ensemble de la bande son est de très bonne qualité, les sonorités allongées des cordes frottées dans les tons les plus graves, appuyées par le battement des percussion représentent bien la bête immense se déplaçant lentement.

Autre chose où j'ai été particulièrement étonné : la 3D ! Bien que les premières scènes laissaient à désirer de ce côté, la suite est vraiment excellente, la 3D nous donnant encore plus d'angoisse. Je le fais rarement mais cette fois-ci je vous le recommande en 3D !

Chose tellement rare ces derniers temps que je dois en parler : la bande annonce ne vous révèle pas tout ! Elle vous fait croire certaines choses mais en réalité ce ne sera pas du tout construit de la sorte dans le film ! Notamment au début avec une pirouette scénaristique qui m'a plutôt agréablement surpris, je ne vous en dit pas plus !

Cependant tout n'est pas parfait loin de là !

Les personnages, véritable problème du film.

Nous avons donc une couche parfaitement réalisée sur les monstres mais à côté de ça une autre couche bien plus grasse sur tout le traitement des personnages.

Le problème vient avant tout du héros joué par Aaron Taylor-Johnson qui incarne Ford Brody, militaire (spécialiste des bombes, ce qui veut dire en langage cinématographique : "ATTENTION C'EST IMPORTANT POUR LA SUITE DU FILM"), fils du scientifique Joe Brody (joué par Bryan Cranston, je vous préviens n'allez pas voir le film juste pour lui, je vous laisse deviner pourquoi). Pour appuyer l'archétype du héros militaire, il faut bien évidemment que sa femme Elle Brody (jouée par Elizabeth Olsen) soit infirmière ! Si Si ! Regardez d'autres films catastrophe, la femme du héros est TOUJOURS infirmière ! Le problème est simple : on s'en fout totalement de leur vie ! Du coup on est obligé de se coltiner leur développement bien basique mais en plus ils sont tous complètement cons ! Commençons par le héros : pourquoi tu ne dis pas à ta femme de se casser de la ville car y a quelques gros monstres pas très sympathiques et peu pacifiques qui se ramènent ?! Ne lui dit pas de t'attendre crétin ! Donne-lui rendez-vous autre part après que tout ça soit fini !

Pour les personnages le film aurait dû se cantonner au couple Cranston-Binoche et ne pas mettre un seul héros ensuite ! On ne peut pas s'identifier à une seule personne dans ce genre de film ! Ce film parle de la petitesse de l'homme face à la nature ! La chose aurait été bien plus agréable si on avait suivit un groupe de militaire dirigés par les scientifiques ! On aurait pu avoir un petit développement personnel sur les relations au sein de ce groupe mais rien de plus ! Surtout que je trouve (mais ça c'est purement personnel) que Aaron Taylor ne colle pas du tout au rôle, il était fait pour jouer Kick-Ass mais là ça passe pas du tout.

La puissance américaine

La puissance américaine

Par contre j'ai une petite hypothèse (qui me sert surtout d'espérance du fait que j'aimerais que ce soit ça et pas juste que le réalisateur s'est complètement planté sur ses personnages). Dans le film, les américains sont tous cons, mais vraiment ! Particulièrement les militaires qui *originalité* décident d'utiliser une bombe atomique pour attirer les monstres *je n'ai jamais entendu un plan aussi débile*. Le seul personnage sensé, qui décide de faire confiance à Godzilla, qui voit dans la bête une force salvatrice, un dieu qui est là pour rétablir l'ordre, devinez qui c'est ! Et oui ! Le japonais Serizawa joué par Ken Watanabe ! Je me suis donc demandé s'il ne s'agit pas là d'un clin d’œil fait aux fans des films, sorte d'hommage final montrant que seuls les japonais peuvent comprendre Godzilla (Honda), contrairement aux américains qui ne voient en lui qu'une arme de destruction massive et qui veulent utiliser la bombe atomique (référence à la symbolique du traumatisme du nucléaire et peut-être à Emmerich qui est vu comme celui qui a massacré l'image de Godzilla). Il y a également des moments extrêmement clichés, remplis de patriotisme, qui sonnent tellement mal qu'on peut se demander si ce n'est pas une caricature.

C'est peut être fragile comme hypothèse mais je préfère y penser que de me résoudre à ce mauvais traitement des personnages.

Pour résumer le Godzilla de Edwards est une pure réussite au niveau de sa réalisation et dans son traitement de la bête en elle-même, résultat un peu entaché par le traitement des personnages, tous aussi crétins les uns que les autres. Ce film est une véritable surprise pour ma part !

Je vous recommande donc chaudement d'aller le voir, soyez sûrs qu'il sera dans mon top 10 des films de l'année !

Godzilla 2

Godzilla 2

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Et n'oubliez pas, cultivez-vous, vous serez bénis par le saint lama.

P.S. : je vous recommande chaudement cette vidéo de Eh Dis Donc qui nous démontre pourquoi Godzilla ne pourrait être réel. C'est très bien foutu ! (Et regardez l'ensemble de sa chaîne, un petit youtuber plein de talent !).

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Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Et je suis le patron de ce site. Carrément ouais.
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