[Cinéma] 12 Years A Slave

 

Attention : l'article qui suit évoquera des sujets durs. TW : esclavage, torture, viol, sang et racisme.

Bonjour à tous ! *dieu que cette phrase est divinement culte*
Pour ma première critique écrite je ne voulais pas traiter d'un film "normal", d'un simple divertissement. Je voulais parler d'un film qui, se pose parfaitement dans le cinéma historique, mon genre de prédilection. Parlons donc de 12 Years a Slave.
Mon travail ici sera de vous montrer en quoi ce film est si important dans le cadre des films historiques.

Réalisateur : Steve McQueen

Casting : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, Lupita Nyong'o

Genre : Drame, Historique

TW : Esclavage, Torture, Viol, Sang, Racisme

Synopsis : Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l'État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d'un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. 

 

Un film dur qui marque

Le plus important dans ce film est son ton. En effet, tout le monde le dit et je ne peux qu'appuyer ce fait : ce film est très dur. On en ressort fatigué à cause de tout ce que Steve McQueen et les acteurs nous mettent dans la face. Il n'est donc pas recommandé d'emmener des enfants voir ce film, je pense que l'on peut commencer à le supporter à partir de 15-16 ans et encore cela dépend du pouvoir de réception de chacun (tout comme il peut y avoir des psychopathes amoureux de l'hémoglobine chez nos chers bambins... les sales gosses). Mais Steve Mcqueen n'a pas choisi la violence pour la violence (là où un Tarantino nous harcèle d'effusion de sang parce que... il n'a jamais réussi à se détacher de cette esthétique qui faisait ses premiers films) *provocation efficace de niveau 3 détectée*. Il voulait retranscrire fidèlement le calvaire de Solomon, nous faire souffrir avec lui. Ainsi dès le début du calvaire de Solomon nous sommes face à la violence avec la scène où Solomon se fait massacrer le dos à coup de planche. Vous l'avez compris dans ce film nous sommes face aux pires aspects de l'homme, à la violence pure, haineuse. Nous sommes également touchés par un moment extrêmement dur mais surtout dérangeant lors de la scène de torture par strangulation : cette scène dure facilement cinq minutes, tandis que la vie se déroule normalement en arrière plan, au premier plan nous voyons le personnage suffoquer. À l'époque ce genre de scène était anodine. Monter cette scène a été une épreuve pour l'équipe du film et l'est encore plus pour le spectateur. D'ailleurs il est intéressant d'étudier la réaction des gens qui assistent au film. Donc, message à certaines personnes que je qualifierai de connards moyens : ça ne sert à rien de ruminer contre le film pendant toute la séance, surtout quand vous êtes derrière moi (gros risque de tarte dans votre gueule). Je ne comprends pas ce genre de personnes qui râlent devant un film comme 12 Years a Slave, ne sont ils pas capable de voir la vérité en face ? Je ne sais pas et ça me désole.

Fassbender : le talent de ce film

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La majeure partie de la tension du film est rendue par les négriers. McQueen s'est entouré d'acteurs que je qualifierai de "clan des psychopathes". En premier lieu nous avons Paul Dano. J'adore cet acteur ! Vous cherchez un sadique hystérique ? Prenez Paul Dano ! On a qu'une envie : lui en coller une ! Et c'est chose faite avec l'une des meilleures scènes du film *allez voir 12 Years a Slave rien que pour ça*. Mais Dano est un enfant de cœur à côté du monstre par excellence : Epps joué par Michael Fassbender. Dernier propriétaire de Solomon, nous avons droit à l'un des pires connards que l'Amérique des XIXe ait eu. Il est encore aujourd'hui connu pour sa cruauté. À chaque fois qu'il apparait à l'écran, le spectateur a peur de ce qu'il va arriver, toute la tension est mise sur ce personnage. Je le mets au même niveau qu'Amon Goth (La Liste de Schindler). C'est un pur sadique mais surtout, il en est accroc ! Et c'est là que l'on trouve du pur génie : Epps est détruit par son sadisme tel un alcoolique est détruit par le manque ! On se retrouve ainsi avec une horrible compassion pour ce personnage : le blanc victime du droit ignoble de posséder des hommes, on n'a pas un simple monstre, on a un monstre complètement perdu. Le spectateur est tout simplement désemparé devant Epps.

Brad Pitt : la coupe ne fait pas tout

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Je dois l'avouer, j'ai un petit problème avec le personnage de Samuel Bass joué par Brad Pitt. Bass vient en aide à Solomon, sauf que, Brad Pitt producteur et acteur faisant, le personnage est tombé dans un manichéisme bien appuyé. Dans le livre il ne nous servait pas un discours aussi tranché sur le bien et le mal. On entre là dans le débat des producteurs tout puissants chose qui n'est pas le propos ici. Mais heureusement le personnage n'en devient pas insupportable ! Il arrive tel un bol d'air frais pour Solomon et pour le spectateur et Brad Pitt nous fait une interprétation tout de même émouvante ! Au final McQueen tourne son film autour de trois allégories. Solomon représente l'ensemble des esclaves, de leur calvaire (c'est pour cela d'ailleurs que le personnage en lui même n'est pas énormément développé), Epps représente tout l'esclavagisme, l'horreur dont les hommes ont été capables et Bass est la représentation de l'abolitionnisme. Je trouve que tourner un personnage autour de ce qu'il représente est plus efficace ! Contrairement à un film où on aimerait un homme car il est sympa/drôle/sexy, là on apprécie le personnage pour tout ce qu'il représente, c'est bien plus efficace dans un film historique.

L'un des buts des films historique : la Mémoire

Maintenant, venons en au point qui m'a poussé à faire cette critique : pourquoi ce film est il important en tant que film historique ?
Vous devez connaitre la réponse puisqu'on vous harcèle (à raison) avec ça : la Mémoire.
Prenons un exemple : en Europe on nous demande de garder en mémoire les évènements de la Shoah et pour cela on a pas mal de littérature, de films et surtout de lieux qui permettent de se rendre compte réellement de l'horreur que ça a été : Auschwitz en Pologne mais aussi en Alsace au Struthof (oui on a des lieux sympas en Alsace...)
En ce qui concerne l'esclavagisme aux États Unis, c'est un peu plus compliqué. Il n'y a pas de lieux à l'image d'Auschwitz, les USA ont fait ce que l'Europe avait fait à l'époque pour la Shoah : ils ont oublié, laissé de côté voir détruit certains lieux. La littérature ? N'allez pas me dire que 12 Years a Slave est connu comme l'est le Journal d'Anne Franck et surtout allez faire lire les nouvelles générations, vous verrez que ce n'est pas chose aisée.
Là est tout le rôle du cinéma : remettre en avant ce qui a été oublié. Permettre à un livre comme 12 Years a Slave de sortir des oubliettes, permettre à une jeune génération de se rendre compte de ce qu'ont fait leurs ancêtres pour qu'ils ne fassent pas les mêmes conneries. Toute la force du cinéma réside en cela : montrer ce qui est difficile d'imaginer. Quand j'ai lu 12 Years a slave j'ai été moins troublé et touché que lorsque j'ai vu le film. Il s'agit de faire un minimum souffrir le spectateur avec le personnage.
Et c'est là que je ne comprends pas les critiques : descendre le film en le traitant de "machine à oscar" est d'une ineptie sans nom ! À part le rôle de Brad Pitt qui est certes manichéen, montrez moi en quoi le film est complaisant, montrez moi en quoi ce film est là pour caresser les USA dans le sens du poil ! Ce film est là pour mettre la tête des Américains dans la merde ! Il est là pour leur dire : "Hé les cocos ! Il est temps de faire de vrais mémoriaux ! Il est temps de regarder l'Histoire en face !". Et je ne suis pas sûr contrairement à certains que le film va rafler tous les oscars quand on voit comment l'Académie peut se comporter des fois...
Et quand je vois ces guignols des Cahier du Cinéma dire que le film est "conventionnel" je commence sérieusement à m'énerver ! Là est tout le problème de la France qui n'est pas capable d'apprécier un film basique dans sa construction. Et surtout, tête de pine, c'est l'adaptation d'un bouquin ! Tu n'as pas besoin de faire des pirouettes scénaristiques et de mise en scène quand il s'agit de montrer une histoire vraie ! Oui je m'énerve beaucoup mais sérieusement, pour une fois qu'on a un film sur l'esclavagisme qui retranscrit parfaitement les témoignages d'un homme qui a vécu l'enfer, pour une fois qu'on a une adaptation réelle des pires aspects de l'homme, le rabaisser comme ça, c'est juste débile !
Donc regardez la vérité en face, vous allez ressortir de ce film complètement fatigués de tant de violence mais au moins vous aurez eu un aperçu de ce qu'a été la vie de ces hommes et de ces femmes. J'espère que ce film se distinguera aux Oscars, j'espère que ce film sera montré à des classes de lycée parce qu'hélas on ne sait aujourd'hui encore pas grand chose de cette période que ce soit en Europe mais aussi aux USA. Un film aussi beau et aussi touchant mérite les honneurs.

J'en ai donc fini avec ma première critique, j'ai un peu dépassé en longueur mais fallait que je marque le coup ! Je tiens à remercier Duno pour les conseils qu'elle m'a donné et Alizée pour son avis sur le film ! Attendez vous à un futur dossier en rapport avec ce film ! *mon dieu encore tellement de teasing !*

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Franc consommateur du 7e art. Mais pas que. Mais surtout de cinéma. Également responsable de publication et community manager, parce que sinon je m'ennuie.
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5 thoughts on “[Cinéma] 12 Years A Slave

  1. Mon pepemf, ton travail est excellant, je vais voir si j’arrive a le voir en VO, afin d’améliorer mon anglais en même temps, même si j’ai peur de louper différentes parties de ce fait o/

  2. Je me permettrai quand même de faire légère objection à ta critique. En effet, après être sorti de la salle, je me suis retrouvé à penser ce que tu dénoces, c’est à dire trouver qu’il était plutôt conventionnel (ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas bon ou que je n’ai pas aimé). Raconter une histoire vraie ne veut pas dire devoir manquer d’un peu d’imagination pour certaines scènes. Et c’est d’ailleurs pour cette impression de réalisation presque “académique” que certaines critiques le traitent de machine à Oscar… Donc voilà, s’il fallait trouver un défaut au film, d’après ce serait celui là et vous avouerez que ce n’est pas grand chose, donc foncez le regarder!

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